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la formule

Classé dans : Nouvelles — 26 juillet, 2015 @ 5:23

dyn006original354560gif25952667741f91aaa83dad963bbf0528bfeb66a.gif Quiconque les aurait vues ensemble les aurait prise pour trois bourgeoises oisives et opulentes, tout au plus… Sauf que ces trois bourgeoises là étaient des sorcières. Faustine, Morgane et Perséphone s’adonnaient à la magie noire depuis plus de vingt ans. Elles en avaient tiré richesse et pouvoir. Un certain orgueil aussi. Pour rien au monde, elles n’auraient renoncé à ce sentiment de puissance. Mieux, elles rêvaient de la voir grandir encore. Or, ce matin là, Faustine apporta à ses amies un document du XVème siècle, une formule qui réaliserait leur désir le plus cher.
-Allez, lis, lui dit Morgane très exitée. Qu’est-ce que ça dit ?
-Il est écrit : O Seigneur de la nuit
Je marche dans ton ombre
O grand Lucifer !
Je me prosterne à tes pieds.
Accepte cette âme,
Et permets que par ce sacrifice
Mes pouvoirs grandissent !
-Formidable ! s’écria Perséphone. Où as-tu trouvé ça ?
-Ce n’est pas moi qui l’ai trouvé, avoua Faustine avec un demi sourire. C’est Lilith.
-Lilith, fit Morgane dépitée, cet affreux petit pot de colle ?
-Oui, elle-même ! D’ailleurs, pour la remercier je l’ai conviée à la cérémonie qui verra croître nos pouvoirs…
Les deux autres se récrièrent vivement.
-Mais tu es complètement folle ! Qu’est-ce qui t’a pris d’inviter une novice ?
Devant la mine ébahie de ses amies, Faustine demanda :
-Avez-vous bien lu la formule ?
-Oui, commença Perséphone. Elle dit que…
Un sourire soudain éclaira son visage.
-Oh, tu veux sûrement parler du sacrifice ?
Faustine hocha la tête en signe d’assentiment. Elles se regardèrent et éclatèrent de rire.
Quand Lilith arriva, les trois femmes avaient achevé les préparatifs pour la cérémonie. Elles accueillirent la jeune fille avec une gentillesse et un empressement tellement inattendus que celle-ci se sentit toute émue.
-Je ne sais pas quoi dire, fit-elle. Que vous m’acceptiez parmi vous, ça a été une telle surprise !
-Nous sommes très heureuses de vous avoir avec nous ! lui assura Morgane.-Je peux vous aider à faire quelque chose ? interrogea Lilith.
-Votre présence nous aide déjà énormément mon petit, dit Perséphone en la poussant vers un fauteuil. Mais si vous voulez vraiment nous rendre service, asseyez-vous là, fermez les yeux et tâchez de faire le vide dans votre esprit !
-D’accord, répondit la jeune fille en s’exécutant docilement.
La voix de Faustine s’éleva et commença à réciter la formule, tandis que Perséphone, un fin poignard à la main s’approchait de Lilith, immobile sur son siège.
« O Seigneur de la nuit,
Je marche dans ton ombre. »
La sorcière posa une main sur le dossier du fauteuil et leva celle qui tenait la lame haut, au-dessus de la jeune fille.
« O grand Lucifer
Je me prosterne à tes pieds. »
L’arme fendit l’air en sifflant et s’enfonça dans la chair.
« Accepte cette… »
Le couteau fiché dans la poitrine, Faustine s’interrompit net. Un flot de sang sortit de sa bouche et elle bascula en arrière. Perséphone regarda sans comprendre sa main d’où le poignard s’était littéralement envolé, puis elle se tourna vers Lilith. Ses yeux étaient ouverts, elle souriait. Mais son visage avait perdu le voile de l’innocence et c’était un sourire cruel, triomphant. Une aura de pouvoir émanait d’elle. Unies dans le même cri de douleur, Perséphone et Morgane en éprouvèrent toute la force quand la jeune fille leur ôta la vie.
Lilith se leva et croisa les mains sur sa poitrine en murmurant :
« Accepte ces âmes,
Et permets que par ces sacrifices
Mes pouvoirs grandissent. »
Elle savoura la vague de chaleur qui l’envahit soudain, signe que son offrande avait été acceptée. Sans le moindre élan de compassion, elle contempla les corps des trois sorcières. Ah ces novices ! Toujours avides de pouvoir ! En quatre cents ans, pas une n’avait résisté à l’attrait de la formule magique… et pas une ne lui avait échappé !
Comme on remet un masque, Lilith reprit son air de jeune fille réservée. Son maître était assoiffé d’âmes et elle avait encore tant d’autres sorcières à visiter…

2 commentaires »

  1. Marie-France du blog ilpleutsurmavie dit :

    OH!!

  2. Petitgris dit :

    Magistrale démonstration du « tel est pris qui croyait prendre !  » Tu cultives l’art de retourner les situations pour mon plus grand plaisir ! :) Bonne fin de dimanche bisous

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