Nouvelles en vrac

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Le silence de la nuit

Classé dans : Nouvelles — 5 août, 2015 @ 7:06

chandelle

Toute sa vie, ma tante Murielle avait vécu dans un minuscule deux pièces en banlieue parisienne, aussi ne fus-je pas peu surpris lorsque le notaire m’annonça qu’elle me léguait une maison à la campagne. Surprise qui augmenta quand il m’apprit qu’elle n’avait cessé de vouloir s’en débarrasser d’autant qu’il s’agissait d’après l’honorable clerc, d’une fort belle demeure située à la campagne, au milieu d’un domaine boisé. Je pris donc quinze jours de congé pour juger par moi-même de la valeur du legs. Je dois avouer que le notaire ne m’avait pas menti, c’était vraiment une magnifique maison. Haute de deux étages et trônant fièrement dans un parc immense, elle avait l’allure d’un petit manoir. Bénissant ma tante pour le cadeau qu’elle m’avait fait, j’y entrai pour voir si l’intérieur était aussi avenant que l’extérieur.
Là encore je ne fut pas déçu. A peine eus-je ouvert les volets que je découvris un mobilier ancien de grande qualité. Je me sentis un homme riche. Et en même temps, j’éprouvais un curieux malaise. Tante Murielle était une femme de bon sens, pourquoi diable, n’avait-elle pas profité de cet endroit exquis ? C’était à se demander si elle avait bien toute sa tête… Enfin, peu importe ! La brave femme m’avait cédé son bien et moi, j’avais la ferme intention d’en jouir. Je m’installai donc sans tarder, passant une soirée des plus reposantes…La nuit arriva sans que je m’en rendisse compte et je décidai alors d’aller me coucher. Etaient-ce les émotions de la journée ? Le bon air campagnard ou simplement l’atmosphère lénifiante de la maison ? Je m’endormis aussitôt.
Je sombrai rapidement dans un rêve étrange. Un homme et une femme étaient assis côte à côte au milieu de mon salon. On les avait attachés à leur chaise et ils avaient l’un comme l’autre les joues luisantes de larmes. Face à eux, maintenu par deux hommes vêtus de noir un enfant, leur enfant compris-je soudain, subissait les tortures d’un troisième homme. Celui ci promenait, sourire aux lèvres, une flamme sur le visage de petit garçon, observant avec satisfaction les cloques qui se formaient sur sa peau. La mère hurlait « Isaac ! Isaac ! » sans relâche et le père criait de désespoir. Ce furent ces cris qui me tirèrent de mon sommeil. Le songe était si prégnant, que le son de leurs voix persistait à mon oreille… Ce n’était pas un rêve : je les entendais bel et bien ! Je m’assis brusquement dans mon lit.Mon coeur battait si fort dans ma poitrine qu’il me semblait sur le point d’exploser. Le bruit venait du rez-de-chaussée et une lueur verdâtre filtrait sous la porte. Des pleurs, des hurlements se succédèrent. Tout cela sentait la souffrance et la mort… je ne serais descendu pour rien au monde.
Soudain, le silence retomba. Je m’étendis de nouveau, rabattant les couvertures par-dessus ma tête. Le corps inondé de sueur, le souffle court, je me sentais comme un enfant terrifié par l’obscurité, se gardant de faire le moindre geste par peur d’attirer sur lui les fantômes de la nuit. Je restai ainsi jusque au matin, les yeux écarquillés, les doigts crispés sur le drap, à l’affût du plus petit craquement. J’attendis que la lumière du jour coule à flots de la fenêtre pour me lever enfin. Et sans perdre un instant, je remballai tous mes effets personnels pour quitter au plus vite cet enfer. Lorsque je sortis, un vieux monsieur était assis sur un des bancs du parc. Il y avait quelque chose dans sa physionomie qui m’était familier. Je m’approchai pour mieux le voir. Il leva un regard triste vers moi et me sourit faiblement. Sa figure eût été agréable à regarder si elle n’avait été couverte de multiples cicatrices… Il me fit signe de m’asseoir et j’obtempérai.
-Vous êtes de nouveau propriétaire de la maison ? me demanda-t-il.
Je hochai la tête. Mes traits devaient porter les marques de mes frayeurs nocturnes car il ajouta :
-Vous les avez entendues, n’est-ce pas ?
-Entendu quoi ? fis-je faussement désinvolte.
-Les voix… dit-il. Oui, bien sûr que vous les avez entendues… Il ne se passe pas une nuit sans qu’elles ne s’élèvent. Ce sont les voix du passé, vous savez ! Pendant la guerre, la gestapo menait des interrogatoires ici. Vous pensez bien, c’est l’endroit idéal : une maison pareille, à l’écart, loin de tout… Beaucoup de gens sont passés entre ces murs, y ont souffert. Mais bien peu en sont ressortis ! Enfin, je ne veux pas vous ennuyer avec mes souvenirs de vieil homme… D’autant que je ne me suis même pas présenté, ajouta-t-il en me serrant la main, Je m’appelle Isaac Atlan.

2 commentaires »

  1. Petitgris dit :

     » Ah si les murs pouvaient parler !  » Mais dans certains cas, c’est mieux qu’ils se taisent à jamais ! Je me suis là encore laissée emporter par ton récit avec un gros soupir lors de la chute que tu nous assènes ! Bravo ! Belle journée Bisous caniculaires

  2. labonoccaz dit :

    re oui tu es vraiment très douée ;) j’en est la chair de poule ….des bisous

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