Nouvelles en vrac

Nouvelles, contes et autres textes courts…

Mon voisin

Classé dans : Nouvelles — 6 août, 2015 @ 6:42

 

péniche
Voilà, c’est fait ! J’ai placé l’annonce : « cherche assistant pour convoyer péniche, diplôme de plongée exigé »…Bon, je n’ai pas de péniche et je me moque pas mal de tout ce qui peut se trouver sous l’eau. Je dois être folle ! Tout ça, c’est de la faute de Charles, mon voisin…
Il y a deux mois à peine, je ne le connaissais même pas. Je n’aurais jamais imaginé qu’un tel homme existait. Puis je l’ai rencontré… Il montait l’escalier, je descendais. Nous nous sommes juste croisés un bref instant. Je me souviens de m’être arrêtée au beau milieu des marches, juste pour le regarder quelques secondes de plus. Seigneur que cet homme était beau !
Il venait d’emménager, sans quoi je n’aurais pas manqué de le remarquer auparavant. En menant mon enquête, j’ai découvert qu’il habitait à deux étages au-dessus du mien. Du coup, il me suffisait de me poster derrière le judas pour le voir passer.

La même émotion, toujours, s’emparait de moi dès que son profil apparaissait… un ange tombé du ciel, avec des traits parfaits, une merveilleuse chevelure dense et bouclée. Et son corps… tout en muscles et en élégance, la démarche féline, le port altier. Tous ces détails nourrissaient mes nuits. Mentalement, je refaisais l’inventaire : la douceur des joues, la droiture du nez, la ligne ferme des lèvres, le dessin du menton et ses yeux… gouffres bleus où je me serais abîmée des heures durant !
Le temps des rêves a passé et celui de l’action est arrivé. Ça ne me suffisait plus de l’observer à la dérobée. Maintenant, j’avais envie qu’il me remarque lui aussi. J’ai sorti l’artillerie lourde : robe sexy, séance chez le coiffeur, maquillage de star… toute la panoplie. Trois ou quatre fois par jour, je passais devant lui « par hasard », avec un déhanché à vous coller la nausée. Il ne s’est jamais rien produit.
J’entends par là que ça n’a pas eu l’effet escompté. Mon beau voisin a continué à m’ignorer. Ce qui ne m’a pas empêché de mon côté d’apprendre des choses sur lui… Il s’appelait Charles Lettilleul. Je l’avais lu sur sa boîte aux lettres dans le hall. Pour le reste, j’ai dû faire quelques recherches.
J’ai repris mon poste de guet derrière ma porte. Cette fois, j’attendais la concierge, une mine d’informations cette femme-là ! Je savais qu’à cette heure, elle n’allait pas tarder à monter au dernier étage, celui de Charles, pour y passer le coup de lavette hebdomadaire.
J’avais mon plan en tête. Je lui ai laissé un peu d’avance, puis je l’ai suivie dans l’escalier. Elle était à genou et frottait le sol. Je me suis éclaircie la gorge avant de lancer un timide « Marie ? » Elle s’est tournée vers moi et a souri : « Oh, c’est vous mademoiselle Charlotte ? Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » J’ai débité mon mensonge d’une seule traite. J’attendais un colis très important dans la semaine, mais je n’étais pas sûre d’être là pour le réceptionner, alors si elle pouvait s’en charger pour moi… Tandis qu’elle m’assurait que ça ne la dérangeait pas, une porte s’ouvrit. Celle de Charles.
C’était la première fois que je le voyais d’aussi près et j’en eus le souffle coupé. « Bonjour Marie ! » dit-il à la concierge avec un sourire. Moi, je devais être transparente car il ne me salua pas. Il poursuivit sa route sans paraître avoir noté ma présence. Un peu mortifiée, je me suis penchée vers Marie :
-Qui est-ce ? Un nouveau locataire ?
-Oui, c’est Monsieur Letilleul… Il est bien charmant, me dit-elle.
-Bof… Encore un de ces employés de bureau pressés ! fis-je aussi naturellement que possible.

-Vous n’y êtes pas du tout … il est plongeur, enfin, en tout cas, il a un diplôme de plongée, c’est ce qu’il m’a dit ! Alors, je ne le vois pas travailler dans un bureau…
De retour dans mon appartement, je méditais sur cette nouvelle information quand mes sens, toujours en alerte, saisirent du bruit sur le palier. Je collai mon oeil au judas: c’était lui. Il remontait. J’ai attendu un peu, puis je me suis dit que c’était le moment ou jamais de me lancer : il était chez lui, seul. J’avais revêtu ma plus belle robe… Je respirai à fond et j’ouvris la porte. C’était décidé : j’allais faire preuve de culot et l’inviter au restaurant !
J’ai monté les marches quatre à quatre et je me suis diriger droit vers sa porte. Mais alors que j’allais frapper, sa voix m’arrêta. il était au téléphone. Poussée par la curiosité, j’ai pressé mon oreille contre le mur pour entendre ce qu’il disait : « … faut un travail, vite ! N’importe quoi, même conduire une péniche ». Puis il a ri, a échangé encore quelques mots que je n’ai pas compris et le silence est revenu. Tout d’un coup, ses pas ont résonné… il venait vers la porte !

Panique totale ! Je ne savais plus où j’étais ni ce que je faisais là. Un vieil instinct m’a sauvée. Je suis partie en courant. En dévalant les marches, j’ai perdu une chaussure et j’ai dû m’arrêter pour la récupérer. Inutile de la laisser là… il n’y a guère que cette petite veinarde de Cendrillon pour être arrivée à ses fins par un tel moyen ! D’ailleurs, je chausse du quarante et un, pas très glamour pour le prince charmant !
J’ai regagné mon appartement le coeur battant. Charles ne l’avait pas vue … Un vrai miracle ! Quelle idiote… je venais de gâcher une belle occasion. Qui sait s’il s’en présenterait un jour une autre ? C’est là que cette idée insensée a germé dans mon esprit. D’après ce que je venais d’entendre, il cherchait un emploi… Et si je mettais cela à profit ?
J’ignore quelle mouche m’avais piquée, mais mon esprit s’est mis à travailler très vite. Un emploi, c’était un appât inespéré… Oui, j’allais l’attirer bon gré, mal gré, à un rendez-vous avec moi et ensuite, j’espérais que mon charme ferait le reste et qu’il me pardonnerait mon petit stratagème.
En faisant du repérage du côté de sa boite aux lettres, j’avais vu qu’il était abonné au journal local. Rien ne fut plus facile que d’y laisser une annonce. Je l’ai ciblée au maximum sur ma proie, en me servant des renseignements glanés ici et là. Et c’est ainsi que je l’ai formulée : » cherche assistant pour convoyer péniche, diplôme de plongée exigé »… Puis j’ai attendu.
Au bout de quelques jours, le journal m’a fait parvenir les premières réponses à mon annonce. Il y en avait un nombre incroyable. Si j’avais réellement cherché un assistant, il m’aurait fallu des heures pour faire le tri… Je mis rapidement la main sur la seule candidature qui m’intéressait : C. Letilleul. Voilà ! La moitié du chemin était faite !
Je lui fixai un rendez-vous par l’intermédiaire du journal. Je l’invitai à me rejoindre au petit restaurant qui faisait face à notre immeuble… en espérant que cela ne lui mettrait pas la puce à l’oreille.
Le jour venu, je l’attendais, nerveuse, dans un recoin du restaurant. Par la fenêtre, je voyais les allées et venues des gens. Il passait beaucoup de monde, certaines personnes même entraient dans le restaurant… mais toujours pas de Charles. Je commençais à désespérer lorsqu’une ombre s’est projetée sur moi. Un homme se tenait près de ma table, souriant. Il m’a tendu la main et s’est présenté : « Bonjour, je suis Christian Letilleul. C’est moi qui ai répondu à votre annonce. C’est drôle, ajouta-t-il, mon frère me conseillait justement un poste similaire à celui que vous proposez… et ce qu’il y a d’encore plus drôle, c’est qu’il habite dans l’immeuble là, en face ! »
Je l’ai regardé en hochant la tête… quel dommage ! Il ne ressemblait pas du tout à son frère !

3 commentaires »

  1. Petitgris dit :

    Ahahah ! Il va falloir que la demoiselle s’en sorte par une pirouette ! Toujours vérifier à fond, mais après tout il est peut-être charmant le frérot : le physique n’est pas tout ! lol J’adore ! Bonne journée Bisous embrumés par la mer

  2. Seanalia dit :

    ahah la pauvre, peut être que le frère sera plus sympa!
    C’était passionnant j’ai hâte de lire la suite!

  3. francis praira dit :

    je cru que ça allait marcher …
    merci Sandra
    bisous

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