Nouvelles en vrac

Nouvelles, contes et autres textes courts…

Pères et fils

Classé dans : texte court — 13 août, 2015 @ 7:54

mn106b.jpg Pierre avait un mal fou à se concentrer sur la route. Sur la banquette arrière, son petit visage crispé de douleur, Delphine haletait en tenant son ventre à deux mains.
-Ne t’en fais pas ma chérie, lui dit son mari. Nous sommes presque arrivés… Regarde… ça y est ! Nous y sommes ! Voilà la clinique.
Delphine soupira. Non pas de soulagement, mais d’appréhension. Car ce que Pierre ignorait, c’est qu’il ne serait pas seul à la clinique : son père serait présent lui aussi. Cela faisait quinze ans qu’ils ne se parlaient plus… Il était temps que cela cesse ! C’est du moins ce qu’elle s’était dit en appelant son beau-père dès que le premières contractions l’avaient saisie. Elle l’avait supplié de venir et il avait fini par accepter.
Pierre considéra d’un air renfrogné l’homme assis en face de lui. Son père… Qu’est-ce que Delphine pouvait bien avoir en tête en l’appelant ? Espérait-elle son soutien, à lui qui avait été incapable d’assumer sa propre famille ? Quant à lui, croyait-il qu’il suffisait de revenir pour que le passé s’efface ? Il se leva et se mit à faire les cent pas.
-Tu es nerveux ? demanda son père.
-Qu’est-ce que ça peut te faire ? Ce serait bien la première fois que tu te soucierais de moi…
-Tu te trompes, j’ai toujours veillé à ton bien être…
-Même quand tu n’étais pas là ? lança Pierre ironique.
-Surtout quand je n’étais pas là ! rétorqua son père. Ecoute, je n’ai jamais compris pourquoi tu m’en voulais autant…
-C’est vrai ! le coupa sèchement le jeune homme. Tu n’as jamais rien compris ! Et tu n’étais jamais là ! Ni à mon mariage, ni même à l’enterrement de ma mère !
Il s’arrêta brusquement. Des larmes roulaient sur les joues de son père. Il remarquait maintenant à quel point il avait vieilli. L’espace d’un instant, il éprouva même de la peine pour lui… Puis il se souvint de son enfance passée à quêter l’amour d’un père indifférent. Son visage se durcit. Qu’il aille au diable !
-Monsieur Desnes ? fit une voix derrière lui.
Il se retourna. Une jeune infirmière le regardait en souriant.
-Votre épouse vous attend monsieur… dit-elle en le précédant dans le couloir.
Pierre se précipita dans la chambre sans plus se préoccuper de son père qui lui avait emboîté le pas. Delphine, épuisée mais rayonnante, était assise sur le lit. Elle serrait leur fils endormi contre sa poitrine. Sans un mot, elle le tendit à son époux qui le reçut avec émotion. Il ne savait trop comment le tenir sans lui faire de mal. Il leva les yeux vers la jeune femme pour lui demander conseil et fut surpris de lire de la tristesse sur ses traits. Son attention n’était plus dirigé vers lui mais vers son père. Le vieil homme semblait bouleversé, mais n’osait pas s’approcher.
La rancune et la compassion se combattirent dans le coeur de Pierre. Au bout d’un moment cependant, il posa l’enfant dans les bras de son grand-père :
-Tiens papa, dit-il d’une voix enrouée, je te présente ton petit-fils.
Et tandis que ces trois générations d’hommes faisaient connaissance, Delphine se laissa glisser dans le sommeil…

2 commentaires »

  1. Petitgris dit :

    Belle réconciliation :) Même si pardonner ne veut pas dire oublier, il est toujours possible d’écrire une nouvelle page de la vie ! Belle journée Sandra, elle est sous le signe de l’orage chez nous ! Bisous

  2. sandrasbz dit :

    De l’orage ici aussi, mais les gouttes de pluie sont les bienvenues ! Bisous paulette !

Flux RSS des commentaires de cet article. TrackBack URI

Laisser un commentaire

 

Les livres de Jean-Philippe... |
Diapoésies musicales |
passion littéraire |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lire puis écrire
| Pour l'amour de la langue e...
| Laisse moi mettre des poème...