Nouvelles en vrac

Nouvelles, contes et autres textes courts…

Akajak

Classé dans : texte court — 21 septembre, 2015 @ 10:40

serpent

Je dormais profondément, au cœur même de la terre, quand j’ai entendu sa voix. Elle me parlait de choses qui m’étaient inconnues :  le soleil, la chaleur, la lumière… l’extérieur, le monde. J’étais né et j’avais vécu ici toute ma vie, dans les entrailles de ce monde, là où tout est obscur, humide et froid. Le silence régnait en maître avant qu’elle ne vienne me déranger. J’avais tenté de la localiser, mais c’était comme si elle n’existait pas : elle ne dégageait aucune chaleur.

J’avais déroulé mes anneaux et fouillé de fond en comble ma tanière, sans jamais la trouver. Sa voix, cependant, continuait à me vanter les plaisirs que je rencontrerais au dehors. A force de persuasion, elle éveilla ma curiosité. Je me glissais lentement le long des boyaux humides de la montagne. Je remontai vers la surface et en effet, je sentais le sol se réchauffer sous mon ventre.

Des odeurs étranges me parvinrent. Je les goûtai en sortant ma langue. Comme tout cela me semblait bon ! Il y avait des senteurs de terre tiède, de végétation gorgée d’eau et de lumière et même… de bêtes sauvages ! Des bêtes à sang chaud ! Pas des chauve-souris humides, non : des animaux nourris sous les rayons du soleil !

« Ce que tu vois te plait-il ? » Encore cette voix ! Je me dressai de toute ma hauteur, mais elle demeurait imperceptible. « Ne gâche pas tes forces en efforts inutiles, dit-elle. Sens, plutôt : il y a un cerf, dans la clairière derrière les arbres… là-bas ! As-tu déjà goûté pareille chair ? » Elle avait raison. Il était proche. Je pouvais presque sentir les palpitations du cœur de l’animal. Mon appétit s’éveilla aussitôt.

Je me faufilai lentement entre les arbres.  Ma proie ne se doutait de rien. Elle mâchonnait des brins d’herbe tendre. Je m’approchai en silence, presque à la toucher et elle ne me détectait toujours pas. Puis je me détendis brusquement, la frappant mortellement avant de l’envelopper dans mes anneaux. Quelle volupté de sentir la vie s’échapper de son corps ! Ô la douce sensation de sa peau tiède contre la mienne !

Je n’avais jamais mangé aussi copieusement, ni aussi longuement. Je m’effondrai dans un état presque léthargique lorsque la voix se manifesta à nouveau. J’ouvris un œil paresseux. Une créature vaguement humaine se tenait près de moi. Sa peau avait une couleur curieuse, blafarde, presque bleue. Elle posa sa main sur ma tête et je fus incapable de réagir.

-Te voilà repu, dit-elle. Et totalement à merci… Ne t’inquiète pas, ajouta-t-elle ensuite, je n’ai pas fait tous ces efforts pour te tuer ! J’ai d’autres projets pour toi !

Sa main sur mon crâne se fit plus pesante et soudain, se mit à me brûler. Je me tortillai pour tenter de lui échapper, mais cette peste avait une force extraordinaire. Elle ne me lâcha pas. La douleur s’estompa et dans une flambée de haine, je décidai de l’attaquer. Je voulais la voir morte. Hélas, mon corps ne m’obéit pas.

-Ne gaspille pas ton énergie, tu m’appartiens désormais… Mais réjouis toi : tant que tu me serviras tu ne vieilliras point. Tu auras ton lot de proies juteuses et tu circuleras librement en ce monde.

-Qui es-tu maudite femelle ? lui sifflai-je furieux.

-Je me nomme Tiamat… et pour toi, ce sera « maîtresse », ne l’oublie jamais !

Elle disparut dans une gerbe d’eau, me laissant seul avec ma colère et ma pseudo liberté, bien chèrement payée, puisqu’elle faisait de moi son esclave jusqu’à la fin des temps…

Un commentaire »

  1. Mimie dit :

    J’aime ce texte, il rappelle en moi une expérience récente, merci.

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