Nouvelles en vrac

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Balade bucolique

Classé dans : Non classé — 31 mars, 2016 @ 11:23

Il avait décrété que je devais l’accompagner les jours de pêche pour les servir lui et ses potes. Je n’étais bonne qu’à ça : faire le ménage, la cuisine et servir monsieur quand il claquait des doigts. Pas question de protester. La sanction était immédiate. La gifle partait avant même que je ne finisse ma phrase. J’avais donc développé des réflexes pour survivre. Je faisais le dos rond comme personne, laissant glisser les insultes et les menaces sans broncher.
Aujourd’hui, il avait décidé d’aller pêcher en montagne… Quelle idée saugrenue ! Je savais exactement comment cela allait se passer. Il voudrait se rendre dans l’endroit le plus inaccessible, pour être sûr de n’y trouver aucun autre pêcheur. Bien entendu, cela signifiait qu’il y aurait une longue et pénible marche à faire et que je serais chargée de porter tout le matériel… car il m’utilisait aussi comme une mule !
Le seul point positif, c’est que je ne voyais que son dos. Je ne supportais plus son visage. Pourtant, je l’avais aimé autrefois, avant que la bête en lui ne prenne le dessus. Mais c’était bien fini tout ça. Le temps avait fait son office et ses traits portaient toute la méchanceté qui était en lui. Quand je le regardais, je voyais le mal à l’état pur. Si jamais le diable avait une figure, je savais à quoi elle ressemblait.
Il s’arrêta. Il avait enfin choisi son endroit. Un amoncellement de rochers au-dessus d’un trou d’eau, le tout perché à une hauteur vertigineuse… J’étais certaine qu’il l’avait fait exprès car je ne supportais pas l’altitude.
Il installa son matériel sur le point le plus haut. Puis il m’appela. L’étrange douceur dans sa voix m’alerta. Quand il prenait ce ton, c’est que la correction n’était pas loin. Il aimait ça, me prendre par surprise. C’est comme ça qu’il entendait « me dresser ». Je m’approchai de lui avec la plus grande prudence, mais dès que je fus à sa portée, il me saisit par le bras et m’inclina au-dessus du gouffre.
-Regarde comme la vue est belle ! me dit-il en riant. Tu n’as pas envie de plonger prendre un bain ?
-Pitié, s’il te plait, pitié ! J’ai peur, sanglotai-je.
Mais il ne me lâcha pas. Ma terreur l’amusait. Quelque part au fond de moi, je me rendais bien compte que mes supplications ne faisaient qu’empirer les choses, mais mon esprit se refusait à fonctionner de manière raisonnée. Je me débattis, oubliant la menace des coups qui pouvaient s’abattre à tout instant. Du coin de l’œil, je vis son poing se lever.
Comment parvins-je à l’éviter ? Je l’ignore. Ce qui est certain, c’est qu’une grande force, celle du désespoir s’éveilla en moi qui me permit de me libérer. Emporté par son élan, il bascula dans le trou. Je vis son corps disloqué en bas et il me fallut quelques instants pour réaliser ce qui venait de se passer. J’aurais pu fuir, refaire ma vie, libre enfin. Le laisser crever au fond de son trou. J’ai choisi une autre option…
Comme une bonne petite épouse, je suis redescendue chercher des secours. Il était encore en vie. Il s’en est sorti… mais il est à présent paralysé, complètement à ma merci. Le plus beau, c’est que tout le monde admire mon courage, mon abnégation. S’ils savaient tous comme je savoure cette vengeance offerte par la justice divine !
A présent, j’ai retrouvé le plaisir de regarder son visage, car au fond de ses yeux brille aujourd’hui la peur qui habitait jadis les miens…

Un commentaire »

  1. Petitgris dit :

    Il y a donc une justice ! Savourer pleinement ce coup du destin , elle le peut car elle n’y est pour rien, c’est lui seul qui a été l’artisan de son destin ! Bisous

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