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Archive pour la catégorie 'Marie et l’homme de la plaine'

Marie et l’homme de la plaine 25 : Epilogue

Posté : 13 juillet, 2010 @ 6:42 dans Marie et l'homme de la plaine | 18 commentaires »

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Un vieil homme poussa Corbeau Subtil sans ménagement. Celui-ci ne protesta pas et se tint sagement à l’écart tandis qu’il examinait Marie. La jeune fille le regardait avec curiosité car elle ne se souvenait pas l’avoir déjà rencontré. pourtant, elle connaissait tous les habitants du village de Nuage Dansant. C’est alors qu’elle réalisa qu’elle n’était pas dans son village, mais dans celui d’Aigle Blanc.
-Que faites-vous là ? demanda-t-elle à Ours Rouge.
-Tu nous as appelés. Nous sommes venus, répondit-il. Ton esprits s’était aventuré loin dans le pays des morts et nous avons dû unir nos forces pour te ramener.
-Nous avons eu peur pour toi, ma soeur, dit Roseau Agile. Avec Rivière Impatiente, nous avons même obligé les hommes à nous emmener te rejoindre.
-Ton corps aussi était très malade, dit le vieil homme qui venait d’achever son examen. Mais il se rétablit vite. Aujourd’hui, tu vas pouvoir te lever.
-Depuis combien de temps suis-je ici ? demanda-t-elle.
-Six jours Marie, dit Corbeau Subtil qui était revenu prendre sa main. Les six jours les plus longs de ma vie….
Malgré la présence de tous les autres autour, il l’embrassa.. Marie nota avec amusement l’air renfrogné de Nuage Dansant. Sans doute n’avait-il pas pensé que son ami pourrait tomber amoureux d’elle et c’était peut-être même pour cette raison qu’il avait choisi Corbeau Subtil pour l’accompagner. La jeune fille lui sourit, un brin moqueuse et noua ses mains autour de la nuque de l’indien pour se redresser et se blottir contre lui.
-Aide-la à marcher un peu, dit le vieil homme à Corbeau Subtil, mais ramène-la ici au moindre signe de faiblesse…
Il fallut plusieurs jours de convalescence à Marie pour se remettre. Mais quand elle fut enfin en forme, elle découvrit dépitée que son projet d’aller retrouver son père était tombé à l’eau. En vain, Jacky lui expliqua-t-il que l’approche de l’hiver rendait le voyage trop périlleux, la petite entêtée voulait repartir sur le champ. Nuage Dansant put argumenter, rouspéter, elle n’en démordait pas. Pas plus qu’elle ne cédait aux cajoleries conjointes de Rivière Impatient et de Roseau Agile.
Corbeau Subtil eut plus de succès. Il l’épousa… mais Marie obtint la promesse que l’expédition serait remise au printemps. Sauf qu’au printemps suivant, elle était enceinte. Traînant un ventre qui lui paraissait énorme, même elle ne pouvait plus s’imaginer courant sur les routes, pour quelque raison que ce soit. Ils avaient regagnés les plaines, laissant derrière eux Aigle Blanc et Vent dans les Arbres qu’une Lune Timide possessive agrippait farouchement.
De retour dans les plaines, c’était Jacky qui leur avait fait ses adieux. Marie en avait éprouvé une peine très vive. Elle lui avait fait promettre de revenir les voir, mais cela n’avait pas rendu la séparation moins dure. Grâce à Dominique qui venait souvent leur rendre visite au village, elle était en contact avec sa tante Régine. Les petites lettres du début, s’accompagnaient à présents de cadeaux : conserves et gâteaux envoyés par Françoise, layette et produits raffinés venant de sa tante.
Lorsque sa grossesse approcha de son terme, elle eut la surprise de voir Dominique tenir les rênes d’une carriole sur laquelle s’étaient embarquées Régine et Françoise. Les deux femmes avaient décidé de venir offrir leur aide pour l’accouchement. Pour la plus grande joie des indiens, Françoise n’avait rien perdu de son caractère et entrait dans des colères homériques qui les faisaient hurler de rire. Elle se fit une grande amie de Rivière Impatiente et toutes deux se liguèrent contre Marie pour l’obliger à prendre du repos et à manger les repas gargantuesques qu’on lui préparait.
Les cris de douleur de la jeune femme pendant l’enfantement faillirent bien coûter la raison à Corbeau Subtil. Mais quand il tint son fils dans ses bras pour la première fois, la fierté se peignit sur son visage. « Chat Bondissant » (un nom que Françoise portait aux nues) était un bébé robuste, au teint mat et aux chevaux sombres… mais avec des yeux bleus magnifiques qui lui valaient les égards de toutes les femmes du village.
Marie le promenait avec orgueil, sentant palpiter en elle un amour maternel dont elle n’aurait jamais soupçonné la force. Alors qu’elle portait son fils sur sa hanche, souriant de bonheur, Roseau Agile vint la chercher très excitée. La jeune femme ne put obtenir la moindre explication. Etait-ce encore Aigle Blanc qui lui faisait parvenir un présent ? La semaine passée, il lui avait envoyé un poney. Une jolie bête fougueuse qu’elle pourrait monter pour se promener dans la plaine.
La surprise était bien plus belle qu’elle ne l’aurait cru. C’était Jacky. Il était revenu. Elle commença à courir et stoppa net son élan. Un grand homme blond s’approchait timidement. Elle entendit à peine la voix du trappeur qui lui disait : « Fillette, je te présente James Van Djik, ton père ».

FIN
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Marie et l’homme de la plaine 24 : le monde des esprits

Posté : 12 juillet, 2010 @ 7:09 dans Marie et l'homme de la plaine | 14 commentaires »

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« Vas-tu rester ici cette fois, Fille Démon ? » demanda le lièvre espiègle qui sautillait autour d’elle. La jeune fille retrouva le paysage familier de la plaine au printemps. La rivière chantait tout près et ce son l’emplit de joie. C’était le lieu au monde qu’elle préférait. Ici, elle se sentait chez elle. Ici, elle était à sa place. Elle chercha du regard le village indien, mais là où il aurait dû être, poussait un bosquet. « Tu es dans le monde des esprits, Fille Démon, » lui dit le lièvre…
Le monde des esprits, évidemment…Elle était donc entre la vie et la mort. Elle se souvint de sa lutte contre le pasteur. Une fois de plus, il avait gagné. C’est alors qu’elle le vit. Il marchait, hagard entre les arbres. Son visage était vide d’expression. Il n’était plus qu’une ombre.
-Où va-t-il ? demanda-t-elle au lièvre.
-Impossible de le savoir, dit-il. C’est une âme perdue. Et toi Fille Démon ? Où donc vas-tu aller ?
-J’ai le choix ?
-On a toujours le choix… Promènes-toi, regarde, écoute. Tu décideras ensuite de ce qu’il convient de faire.
Marie suivit le conseil et se promena dans le bosquet où l’âme du pasteur venait de disparaître. Les arbres y étaient étranges. Ils lui semblèrent conscients, comme s’ils étaient à l’écoute du monde autour d’eux. Elle toucha un tronc : l’écorce était douce et tiède sous sa main. Il en était de même de l’herbe sous ses pieds nus. La terre ici était accueillante et maternelle. Une impression désagréable la ramena à la vigilance. L’âme du pasteur était revenue et lui faisait face.
Il était aussi hideux dans la mort qu’il l’avait été dans la vie… peut-être même davantage car à présent, Marie pouvait sentir la haine et la méchanceté qui émanaient de lui. Elles lui picotaient la peau comme des aiguilles. Le pasteur tendit des doigts cadavériques vers elle. Elle ignorait s’il pouvait vraiment lui faire du mal, mais une peur affreuse s’empara d’elle. Elle redevint quelques secondes la fillette terrifiée qu’on avait battue au fond d’une cave.
Heureusement, une grosse bête surgit des arbres et s’abattit sur le spectre qui se dissipa en volutes de fumée. C’était un ours énorme, au pelage roux. Il s’assit comme un homme devant Marie et elle sut qui il était en réalité : « Ours Rouge ! » s’écria-t-elle en se jetant à son cou. D’autres esprits étaient là et elle s’étonna de ne pas les avoir vus avant. La rivière qui scintillait le faisait en chantant avec force, c’était Rivière Impatiente et le petit roseau qui dansait sur la rive, n’était autre que Roseau Agile. Elle reconnut Nuage Dansant qui flottait dans le ciel et entendit le voix de Vent dans les Arbres qui soufflait à son oreille. Aigle Blanc tournoyait sous les rayons de Soleil Brûlant.
Puis Corbeau Subtil vint se percher sur son épaule. Elle crut que son coeur allait exploser de joie. Elle caressa son plumage avec timidité. Le lièvre était revenu près d’elle. Elle lui sourit :
-Toi par contre, je ne sais pas du tout qui tu es… dit-elle.
-Je suis la part indienne de ton esprit, ton totem. Vois cet autre blanc, il n’avait pas le pouvoir de se manifester pleinement ici car il n’est pas indien. Toi en revanche, tu as ta place parmi nous… Fille Démon, que veux-tu faire maintenant ?
-Je veux retourner auprès de Corbeau Subtil !
Le lièvre disparut. Un coup de vent balaya le paysage et les esprits. Elle était seule dans l’obscurité et dans le froid. Des voix chuchotaient autour d’elle sans qu’elle ne puisse comprendre ce qu’elles disaient. Elle tendit l’oreille. Certaines étaient moqueuses et se gaussaient d’elle. D’autres, agressives, lui sifflaient des mots injurieux. Puis une voix douce murmura son prénom.
-Marie ? Tu m’entends ?
Elle ouvrit les yeux et découvrit Corbeau Subtil penché au-dessus d’elle. D’autres visages l’entouraient, ceux de tous ses amis indiens. Tous la regardaient avec un égal soulagement. Elle était enfin revenue à elle…

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Marie et l’homme de la plaine 23 : le salut de Marie

Posté : 11 juillet, 2010 @ 7:35 dans Marie et l'homme de la plaine | 22 commentaires »

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La petite furie l’avait mordu… profondément. La douleur d’abord ténue était vite devenue intolérable. Il en avait les oreilles qui bourdonnaient. Bien sûr, il l’avait frappée pour lui faire lâcher prise, mais il ne s’attendait pas à ce qu’elle lui rende les coups. Elle s’était servie de ses poings, de ses pieds pour l’attaquer. Elle l’avait même griffé. Il avait dû user de toute sa force pour qu’elle s’arrête. Il lui avait assené un coup si violent sur la tête qu’elle s’était effondrée.
A présent, elle gisait sur le sol. Des gémissements s’échappaient de ses lèvres ensanglantées. Elle prononçait des mots sans suite, en proie au délire. Le pasteur s’assit près d’elle et regarda la pitoyable créature qui se tortillait sur le sol. Elle l’avait tant de fois défié ! Sans égard pour son nom ni pour sa réputation, elle s’était livrée aux pires exactions et était allée jusqu’à frayer avec des peaux-rouges. Maintenant qu’elle était entièrement à sa merci et enfin matée, il commençait à éprouver de la pitié pour elle.
Il fallait qu’il la remette sur le droit chemin. C’était son devoir. Ce serait douloureux pour elle car elle résisterait, inévitablement. Il allait devoir la châtier encore et encore. Une ecchymose marquait le haut de sa joue, une autre s’étalait sur son front et une troisième commençait à fleurir sous son menton. le tempérament belliqueux de la jeune fille rendait les choses difficiles.
A bien y réfléchir, la faire changer de comportement ne lui semblait pas très réaliste… mais il ne pouvait pas non plus la laisser s’enfoncer davantage dans le péché. Il devait agir. Il n’y avait qu’une chose à faire pour mettre fin à ses errements, une seule façon d’y arriver à coup sûr : lui ôter la vie. Il souleva le fusil. Il lui sembla qu’il pesait une tonne. Si Edwige l’avait aimé, juste un peu, les choses auraient été différentes. Il aurait trouvé la force d’aimer sa fille à son tour. Mais elle l’avait repoussé. Elle avait piétiné son coeur et lui avait laissé sa petite bâtarde pour le narguer chaque jour.
Il fallait en finir. Il posa le canon de l’arme contre la tempe de la jeune fille et ferma les yeux. Il ne s’attendait pas à la douleur qui l’envahit et le dévasta. Le fusil lui échappa des mains. Il n’avait pas la force de le rattraper. Il porta la main à son coeur et essaya de tourner la tête pour voir celui qui l’attaquait. Mais un ultime coup de couteau l’acheva sans qu’il n’ait eu seulement le temps de comprendre ce qui lui était arrivé.
Vent dans les Arbres essuya sa lame sur sa cuisse et poussant le cadavre du pasteur, se rua vers Marie qui était toujours inconsciente. Il la prit dans ses bras et rebroussa chemin. Dans sa précipitation, il faillit se heurter à Corbeau Subtil qui arrivait en sens inverse. L’état de la jeune fille provoqua chez lui une intense pâleur. Il chancela, puis arracha littéralement Marie des mains de son ami.
Jacky et Aigle Blanc durent faire preuve de diplomatie pour qu’il les laisse examiner les blessures de la jeune fille. Le trappeur trouva une trace de coup sur la nuque, probablement celui qui l’avait plongée dans l’inconscience. Elle avait un besoin urgent de soins. Le village était trop loin et leurs propres connaissances en la matière, trop réduites. Pourtant, Marie n’avait pas d’autre chance de s’en sortir.
Un piétinement les informa que les blancs venaient de les retrouver. Dominique apparut le premier. Il posa son fusil sur le sol et leva les bras en l’air, imité par son compagnon.
-C’est le pasteur qui a fait ça ? demanda-t-il sans vraiment espérer de réponse. Où est-il ?
-Avec ses ancêtres, répondit Vent dans les Arbres d’un ton dur.
-Avez-vous des médicaments ? interrogea Jacky.
-Quelques bandages et de l’alcool, dit le jeune homme en ouvrant une sacoche.
Côte à côte, le métis et le blanc soignèrent du mieux qu’ils le purent la jeune fille, sous l’oeil angoissé de Corbeau Subtil. Son désespoir faisait peine à voir. Rien ne semblait pouvoir tirer Marie de son sommeil.
-Prenez nos chevaux, fit Dick soudainement. Vous connaissez sûrement d’autres peaux-rouges qui pourront la soigner et ça ira plus vite que si nous la ramenions en ville.
-Pour le pasteur…. commença le trappeur.
-Le pasteur s’est égaré dans la montagne. Il était fou à lier, fit Dominique en échangeant un regard avec le barbu qui acquiesça.
-Pour sûr, dit celui-ci, nous n’avons rien pu faire pour le ramener à la raison !
-Merci, dit alors Corbeau Subtil. Merci pour Marie.
-C’est le moins que je puisse faire, lui répondit Dominique avec un faible sourire. Je l’ai beaucoup fait souffrir par le passé et en suivant le pasteur, j’ai pris ma part de responsabilité dans ce qu’il lui a fait. Je vous en prie : sauvez-la !
-Et pour sa tante ? fit Jacky. Ne va-t-elle pas engager d’autres recherches pour la retrouver ?
-Je parlerai à sa tante… et je lui dirai toute la vérité. Je la crois assez forte et assez ouverte pour l’entendre.
Dominique aida l’indien à hisser Marie sur son cheval. Il sentit ses yeux le picoter tandis que la troupe s’éloignait au galop. Il s’autorisa une petite prière pour le salut de la jeune fille et flanqué de Dick, commença son long voyage de retour.

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Marie et l’homme de la plaine 22 : côté indiens…

Posté : 10 juillet, 2010 @ 6:51 dans Marie et l'homme de la plaine | 11 commentaires »

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Si le pasteur avait su à quel point il était mauvais tireur, il en aurait été mortifié. Bien qu’il eut tiré d’une distance d’à peine deux mètres, il n’avait fait qu’effleurer l’épaule de l’indien. Corbeau Subtil, comprenant aussitôt le danger qu’il y aurait eu à résister, avait préféré feindre l’évanouissement. C’était probablement ce qui lui avait sauvé la vie. Il avait dû faire appel à tout son self-control pour les laisser emmener Marie sans réagir.
Il espérait qu’aucun mal ne lui serait fait. Ses hurlements et ses pleurs lui avaient déchiré le coeur, mais il fallait qu’elle le croit mal en point pour que les autres blancs le croient aussi. Ses compagnons l’avaient rejoint dès que la jeune fille et ses geôliers avaient disparu. Tandis que Jacky lui bandait l’épaule, Corbeau Subtil avait croisé le regard d’Aigle Blanc : le blanc qui s’était lancé à sa poursuite dans la forêt n’en ressortirait jamais.
L’indien se demanda si c’était là la solution : tuer tous ces blancs, jusqu’au dernier ? Son coeur lui criait oui, son sang aussi, lui qui connaissait la cruauté sans limite de ces gens-là, mais il s’interrogeait sur ce que Marie voudrait… et il ne pensait pas qu’elle opterait pour une telle violence. Il ne restait que la ruse et la patience pour agir. C’était aussi l’avis de Jacky qui préconisait de surprendre les blancs lorsqu’ils étaient le plus vulnérables, pendant leur sommeil.
Vent dans les Arbres se faisait tout petit. Il se sentait responsable des évènements et ne savait que faire pour se racheter. Le trappeur lui en voulait terriblement et ne cessait de le rabrouer. Quand à Aigle Blanc, il lui battait froid et ne lui avait même pas fait l’aumône d’une seule parole. Corbeau Subtil ne lui tenait pas rigueur de ce qui était arrivé et c’était presque pire. le jeune homme se sentait stupide et inutile. Il brûlait d’envie de faire quelque chose, même s’il ne savait pas encore quoi.
Ce fut en fin d’après-midi, lorsqu’ils s’arrêtèrent après avoir pisté les blancs toute la journée qu’ils s’aperçurent qu’il leur avait faussé compagnie.
-Je le tuerai de mes propres mains, gronda Jacky. Dieu seul sait ce qu’il nous aura encore inventé !
-Je t’aiderai mon frère, proposa aimablement Aigle Blanc.
Corbeau Subtil ne dit rien. Il était trop inquiet. Il priait pour que le jeune homme ne se mette pas inutilement en danger et pour que les esprits veillent sur lui.
Les blancs s’étaient arrêtés comme prévu pour la nuit, mais Jacky voulait attendre qu’ils soient moins sur leurs gardes pour se rapprocher. Ils en profitèrent donc pour se reposer un peu et pour refaire le pansement de Corbeau Subtil. Le jeune homme avait l’épaule ankylosée, mais il ne l’aurait pas reconnu pour tout l’or du monde. Sa priorité était de sauver Marie. il ne pensait plus qu’à ça. La savoir si près sans pouvoir l’atteindre était une torture.
La nuit mit un temps infini à tomber enfin. Les indiens se mirent en mouvement. Ils s’arrêtèrent un peu avant le campement des trois blancs. De temps en temps, leurs voix leur parvenaient atténuées. Ils attendaient de ne plus les entendre pour passer à l’attaque. A cette distance, il était impossible de comprendre ce qu’elles se disaient, mais Corbeau Subtil reconnut celle de Marie et cela le bouleversa. Encore un peu de patience et elle serait dans ses bras !
Le silence tant attendu arriva finalement. Ils se rapprochèrent silencieusement du camp en rampant. Aigle Blanc fut le premier à l’atteindre. Il leur fit signe de s’arrêter, puis il rebroussa chemin. Les deux autres l’imitèrent en se demandant ce qui n’allait pas.
-Fille Démon n’est plus là, leur asséna-t-il. Le vieil homme blanc non plus.
-Qu’est-ce que ça veut dire ? s’écria Jacky. Je n’aime pas ça…
-Il y a autre chose mon frère. Les blancs se sont battus : il y en avait un d’assommé près du feu…
-Maudit Twinson ! dit le trappeur. Que le diable l’emporte ! Retrouvons-les et vite…
Ils cherchèrent une piste à suivre autour du camp et ne tardèrent pas à la trouver. Peu soucieux d’être suivi ou non, le pasteur n’avait rien fait pour cacher ses traces. Il s’était enfoncé dans les bois, probablement en tirant la jeune fille derrière lui. Ils trouvèrent une longue mèche de ses cheveux blonds prise dans une branche. Corbeau Subtil la décrocha délicatement et l’enroula autour de son poignet. Il sortit son couteau de sa ceinture et poursuivit sa course.
A chaque instant, ils devaient faire attention à ne pas tomber dans un traquenard. Le pasteur les attendait peut-être, fusil en main, utilisant Marie comme appât. Une trouvaille arracha un cri de joie à Jacky qui la brandit en riant :
-Bravo Fiston ! Je retire tout ce que j’ai pu dire sur toi ! fit-il.
Aigle Blanc et Corbeau Subtil se postèrent à ses côtés. Il tenait une plume d’aigle soigneusement biseautée entre les doigts. Ils la reconnurent tous deux car elle appartenait à la coiffe de Vent dans les Arbres.
-Il a de l’avance sur nous, mais il nous indique la voie à suivre, reprit Jacky dont la confiance revenait au galop.
-Ma fille a bien choisi son époux ! dit Aigle Blanc en souriant avec fierté.
Corbeau Subtil prit la plume. Il se promit de la rendre à son ami dès qu’ils auraient retrouvé Marie.
-Ne perdons pas plus de temps, dit-il. J’ai confiance en Vent dans les Arbres, mais que pourra-t-il faire, seul, face au fusil ?
Avec autant d’habileté que s’ils avaient été des chats, les trois hommes se fondirent dans l’obscurité. Là-bas, quelque part, Marie les attendait…

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Marie et l’homme de la plaine 21 : la folie du pasteur

Posté : 9 juillet, 2010 @ 7:07 dans Marie et l'homme de la plaine | 14 commentaires »

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Dominique ne quittait pas le pasteur des yeux. Il n’aimait pas la lueur de folie qui brillait dans son regard quand il se posait sur Marie. Pas plus qu’il n’aimait les quelques mots que l’homme d’église adressait à la jeune fille sitôt qu’il se croyait seul avec elle : principalement des menaces et des injures. Dick était aussi sur ses gardes. Les deux hommes n’en avaient pas parlé ensemble, mais le comportement du pasteur les inquiétait.
La tension était extrême car ils craignaient en plus les indiens laissés derrière eux. Ceux-ci n’allaient-ils pas tenter de reprendre Marie ? Contrairement aux blancs, ils connaissaient le terrain et avaient l’habitude de vivre en pleine nature. Ils savaient se déplacer sans faire de bruit, ils l’avaient prouvé auparavant. Peut-être étaient-ils déjà là, autours d’eux, à guetter le bon moment pour intervenir.
Marie ne parlait pas. Son visage était figé, comme vidé de toute vie. le jeune homme qui l’avait connue gaie et animée, en avait le coeur meurtri. Certes, il l’avait abandonnée et avait renoncé à elle, mais l’amour qu’elle avait manifesté pour l’indien lui avait fait ressentir une pointe de jalousie. Les sentiments qu’elle avait éprouvés pour lui jadis, devaient être bien tièdes en comparaison de ceux qu’elle affichait pour son sauvage !
Un bref instant, il rejoignit presque le pasteur dans sa haine des indiens, puis il se rappela de sa propre lâcheté quand il avait laissé la jeune fille au pied de l’autel. Il n’avait aucun droit sur elle. Elle avait bien mérité de trouver le bonheur, même si celui-ci se trouvait ailleurs, dans une autre culture et parmi d’autres gens. Il aurait aimé le lui dire. Lui faire comprendre qu’il était son allié… mais Marie ne l’aurait pas entendu.
Elle s’était retirée loin à l’intérieur d’elle-même, là où la douleur ne pouvait plus l’atteindre, là où vivait le souvenir des bras de Corbeau Subtil autour de son corps. Là, où ils ne faisaient qu’un. On pouvait bien la traîner chez les blancs, l’enchaîner et la sermonner. Son coeur était indien. C’était irréversible. Le pasteur n’existait pas en ce lieu. Il n’y avait jamais mis les pieds. Trop sévère, trop sec, trop insensible… il n’y avait jamais eu dans le coeur de Marie, la moindre étincelle d’amour pour cet homme.
En revanche, un autre sentiment palpitait en elle. Caché, il attendait son heure. Il brûlait comme les flammes de l’enfer et comme tout incendie, avait du mal à se contenir. Il s’en faudrait de peu pour qu’il ne jaillisse et ne s’exprime. Il faisait battre son coeur à grands coups quand le pasteur passait près d’elle ou quand il lui parlait. Ce sentiment était une haine farouche, d’autant plus forte que la jeune fille n’avait jamais rien éprouvé de tel auparavant et qu’elle ne savait pas comment l’endiguer.
Son esprit se plaisait à imaginer des scènes de violence pendant lesquelles elle laissait libre cours à sa colère contre l’homme qui s’était si longtemps prétendu son père. Avec un sadisme qu’elle ignorait posséder, elle se représentait sa souffrance et s’en délectait. Elle le ferait pleurer, hurler, supplier… verser jusqu’à la dernière goutte de son sang pour expier son crime.
Corbeau Subtil baignait sans son sang, les yeux clos, la respiration saccadée…. Fatale image qui la ramena à la vie, à la douleur, au chagrin. Le pasteur avait voulu tuer son amour et il y était presque parvenu. Pourvu que Jacky et Aigle Blanc aient pu stopper l’hémorragie ! Elle espérait qu’ils ramèneraient le jeune homme au village indien, là où il serait le mieux soigné…
-Tu médites sur ta vie de païenne et de mécréante ? siffla la voix du pasteur.
Il avait profité d’un instant où Dominique était allé ramasser du bois pour s’approcher. Marie sourit, mais son regard était de glace.
-Non, je rêvais, dit-elle…. Je rêvais du jour où vous irez croupir en enfer : là où est votre place !
Il la gifla, avec une telle violence qu’elle en eut la lèvre fendue.
-Ne me parle pas de l’enfer, vile créature ! Dans ta bouche, c’est un blasphème !
Il leva de nouveau la main, mais le déclic d’une arme pointée sur lui le retint. Dominique le dévisageait horrifié. Se pouvait-il que ce dément fut le bon pasteur de leur paroisse ? Etait-ce bien le même homme qui enseignait la charité chrétienne et la bonté ?
-Marie ? Vous allez bien ? demanda-t-il à la jeune fille.
Il vit qu’elle saignait et lui tendit un mouchoir.
-Venez près de moi, lui dit-il ensuite. Je ne le laisserai plus vous toucher… Dick ! cria-t-il.
Le barbu apparut. Il posa un oeil sur Marie et vit la blessure.
-Faites excuse, pasteur, fit le barbu. Mais c’est votre soeur qui nous a mis en garde…
Tante Régine ! Dans la tourmente, son nom était comme une lueur d’espoir. pour Marie, du moins, car le pasteur écumait de rage. Dick le poussa légèrement avec le canon de son fusil, l’obligeant à s’asseoir à l’écart. Peter Twinson fit profil bas. Il n’en revenait pas que tous se soient ligués contre lui ! Mais il se promit qu’il aurait le dernier mot.
On ne l’entendit pas de la soirée. Etonnamment calme, il ruminait dans son coin. Dominique qui s’était attendu à plus de résistance était soulagé. Il avait craint d’avoir à le maitriser par la force. Il se coucha un peu plus serein. D’ici quelques jours, ils seraient de retour en ville et cette histoire serait finie.
Quand il se réveilla au petit matin, Dick gisait assommé près des braises du feu. Il chercha partout, mais il dut se faire une raison : Marie et le pasteur avaient disparu.

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Marie et l’homme de la plaine 20 : Dans la gueule du loup

Posté : 8 juillet, 2010 @ 6:55 dans Marie et l'homme de la plaine | 17 commentaires »

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Nul ne bougea. Tous les yeux étaient tournés vers l’homme blanc qui portait son fusil comme un trophée. Ses compagnons le rejoignirent, mais aucun n’avait comme lui, cet air de satisfaction et d’excitation mélangées. Ses narines se dilataient follement : à croire qu’il cherchait à flairer ses ennemis. Ses yeux roulaient dans tous les sens. Le moindre petit mouvement serait détecté !
Pour le moment, le couvert de la nuit protégeait un peu les indiens, mais il aurait suffi de peu de choses pour qu’on ne les découvre. Plutôt que d’attendre, ceux-ci décidèrent d’agir. Marie se retrouva bloquée par Corbeau Subtil qui appuyait sur son épaule pour qu’elle reste au sol, tandis que Vent dans les Arbres, Jacky et Aigle Blanc manoeuvraient pour se déplacer.
Ils disparurent un à un dans les fourrés. Au bout de quelques secondes, un premier jet de pierre vint frapper le pasteur en plein front. Celui-ci répondit par un coup de fusil, auquel Marie aurait fait écho si son ami indien n’avait pris la peine de la bâillonner de sa main. Il y eut un affreux silence durant lequel la jeune fille se demanda si l’un de ses compagnons n’avait pas été touché.
Les blancs se posaient la même question. Le dénommé Jim, armé lui aussi, s’enfonça entre les arbres pour aller vérifier. De longues minutes s’égrenèrent. Il ne revenait pas et aucun bruit ne se faisait entendre. Tendu, Dick l’appela. Sans succès. Il avait été happé par la forêt. Dominique semblait être le plus nerveux des trois hommes. Tandis que Dick mâchonnait sa barbe et que le pasteur continuait d’épier les bois, un filet de sang lui coulant sur le nez, le jeune homme lui, triturait sa longue carabine comme pour en retirer du réconfort.
A deux reprises, il fit volte-face et tira dans le vide en proie à la panique. Marie tremblait de tous ses membres. Et si une balle perdue frappait l’un d’eux ? La pensée de perdre un de ses amis lui était insoutenable. A cet instant, une seconde pierre jaillit d’un fourré et atteignit avec une précision diabolique, le nez de Dick. Celui-ci jura en tenant son appendice qui saignait abondamment. Furieux, il empoigna son fusil et tira quatre fois d’affilée dans la direction d’où la pierre était venue.
Le haut du crâne de Dominique fut percuté à son tour. Lui aussi réagit en tirant dans tous les sens. C’était prévisible. Le pasteur dut hurler pour qu’il se calme et cesse de gâcher des munitions. Il enrageait. Les indiens avaient réussi à prendre l’avantage alors que c’était lui qui avait tous les atouts en main. Où donc était cette petite garce de Marie ? Et soudain, il la vit…
Elle était là, tout près, allongée sous le corps d’un indien. Peter Twinson en grimaça de dégoût. Il était certain qu’elle s’était compromise avec les sauvages, cette créature impie ! Vautrée dans la luxure comme une truie dans la boue ! Il resta stoïque. Il ne voulait pas laisser deviner qu’il l’avait repérée. C’était en agissant prudemment qu’il pourrait s’approcher et s’emparer d’elle !
Un autre projectile vint érafler son oreille gauche. La douleur cuisante le fit tressaillir. Chaque coup serait payé de retour, se disait-il en regardant volontairement dans la direction opposée à celle où se trouvait Marie. Quand il la tiendrait entre ses mains, il lui ferait payer pour tout : cette mascarade à laquelle il devait se livrer, les efforts qu’il avait dû déployer pour la traquer, l’air narquois avec lequel elle l’avait toujours défié, alors qu’elle aurait dû n’éprouver qu’une infinie gratitude à son égard….
Il lui avait donné son nom, un toit, une éducation… mais rien à faire ! Le sang maudit qui courait dans ses veines faisait d’elle une sauvageonne sans foi ni loi. Dieu lui en était témoin : il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour la corriger. Mais c’était une cause perdue. Tout ce qui lui restait à faire à présent, c’était de l’empêcher de nuire.
Il arma son fusil très discrètement et en ayant l’air de penser à autre chose. Puis brusquement, se détendant comme un serpent, il le braqua vers la jeune fille et tira. Un hurlement se fit entendre. Il avait touché l’épaule de l’indien, mais ce n’était pas lui qui avait crié. C’était Marie… Marie qui à présent se tournait vers le sauvage avec sollicitude et amour dans le regard…
Une bouffée de pure haine l’anima. Il arma son fusil pour la seconde fois et visa la jeune fille. A cette distance, il ne la louperait pas. Une main dévia le tir qui se perdit entre les cimes des arbres. Dominique le dévisageait pâle et défait. « Seigneur ! dit-il. Qu’alliez-vous faire ? » Le pasteur grinça des dents. A cet instant, il aurait volontiers tué cet arrogant jeune homme, ce blanc-bec qui se dressait entre lui et sa cible. Mais il vit Dick qui le regardait lui aussi avec effarement et inspira pour reprendre son calme. « Je suis désolé, dit-il. J’ai cru qu’elle cachait une arme ! »
Dick hocha la tête, mais Dominique le regardait avec suspicion. Sur ses gardes, il se plaça entre le pasteur et la jeune fille.
-Nous l’avons retrouvée saine et sauve, dit-il. Ramenons-la auprès de sa tante.
-Je ne vais nulle part avec vous ! cria la jeune fille. Corbeau Subtil ! Répond-moi ! Je t’en supplie !
-Marie, il est inconscient, fit Dominique d’un ton raisonnable. La blessure n’est pas mortelle. Laissez-moi regarder !
Elle leva vers lui des prunelles farouches, avant de s’écarter légèrement pour le laisser s’approcher. Le jeune homme fut impressionné par son calme. Elle semblait sous le choc. il toucha la poitrine de l’indien. Celui-ci respirait. Mais quand il voulut lui bander l’épaule, l’arme de Dick apparut sous son nez.
-Pas question d’aider c’te peau-rouge, dit-il. Y’a qu’à l’achever !
-Non ! cria Marie, prête à se jeter sur lui.
-Non, répéta Dominique. Nous ne l’achèverons pas… mais nous ne le soignerons pas non plus, ajouta-t-il en prenant la jeune fille par les épaules. Nous le laissons ici pour que vos autres amis prennent soin de lui et en échange, vous nous suivez sans faire d’histoires.
Marie comprit que c’était le seul espoir de survie pour Corbeau Subtil. Elle capitula. La mort dans l’âme, mais consolée à l’idée que Jacky viendrait soigner l’indien, elle prit la main que lui tendait Dominique et se résigna à rentrer.

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Marie et l’homme de la plaine 19 : l’ours

Posté : 7 juillet, 2010 @ 7:23 dans Marie et l'homme de la plaine | 17 commentaires »

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amerindiens2.jpg Aigle blanc était non seulement venu avec des vivres, mais c’était aussi un génie du ravitaillement. Le miel et les fruits apparaissaient entre ses mains comme par magie. Marie avait à présent à manger, plus qu’il ne lui en fallait. En revanche, elle avait toujours autant de mal à adopter l’allure des trois hommes qui allaient bon train. De temps en temps, Corbeau Subtil arrivait à la convaincre de se laisser porter, mais le plus souvent, la jeune fille refusait son aide.
Plus ils allaient vers le nord et plus l’excitation en elle montait. Elle allait enfin le rencontrer, ce père inconnu ! Serait-il heureux de la voir ? Surpris ? Arriveraient-ils à s’entendre ou bien resteraient-ils face à face comme deux étrangers ? Elle avait hâte surtout de connaître son histoire et de savoir quel genre d’homme il était. Certes, Jacky le lui avait décrit comme un héros, un homme de bien, mais après tout, c’était son ami. Il manquait peut-être d’objectivité…
Et lui ? Que penserait-il de cette fille qui lui tombait du ciel ? Lui trouverait-il des ressemblances avec sa mère ? Elle ne l’avait guère connue pour sa part, il lui était difficile de savoir ce qu’elle tenait d’elle ou non. Peut-être s’irriterait-il de la découvrir si téméraire… un peu à la manière du pasteur. Le souvenir très vif de son visage, congestionné par la fureur, lui revint en un éclair. Elle en eut le tournis. Pourvu que son père ne fût pas un homme violent ! C’est une chose qu’elle ne pourrait pas supporter.
-Tout va bien Marie ? demanda Corbeau Subtil.
-Oui, répondit la jeune fille le souffle coupé…
Elle avait toujours des réactions très fortes quand l’indien s’approchait d’elle. Il sourit en caressant sa joue, puis la prit par la main.
-Il va bientôt faire plus froid, dit-il. Tu vois là-bas ? On aperçoit déjà les cimes des montagnes.
La jeune fille écarquilla les yeux. Elle ne les avait pas encore remarquées, complètement accaparée par ses pensées. Elle considéra ces immenses barrières naturelles avec appréhension. Elle savait que la nature y serait plus hostile, que mille dangers les guetteraient là… mais en même temps, elles était heureuse. C’était le signe indéniable qu’ils avaient progressé.
Le soir venu, la différence de température se fit déjà sentir. Marie accepta avec reconnaissance la couverture supplémentaire que lui tendit Aigle Blanc. Jacky et lui passèrent la soirée à établir leur itinéraire du lendemain. Par égard pour la jeune fille, ils choisirent le chemin le plus facile, même s’il était un peu plus long. La seule chose qui les inquiétait vraiment était le froid. Lorsqu’ils seraient en plein coeur des montagnes, qu’on les poursuive ou non, ils seraient bien forcés de faire du feu pour se réchauffer.
Le trappeur était convaincu que le pasteur et ses acolytes n’avaient pas renoncé à les traquer. Il évitait d’en parler pour ne pas inquiéter ses compagnons de route, mais il pensait que cet homme-là les pisterait jusqu’en enfer s’il le fallait. Tout ce qu’il espérait, c’était de pouvoir rejoindre James avant qu’on ne les rattrape. Si les amis du pasteur n’avaient aucun scrupule à s’en prendre à des indiens, peut-être y réfléchiraient-ils à deux fois avant de s’attaquer à un blanc !
Marie se réveilla au beau milieu de la nuit, transie de froid. La grande silhouette immobile d’Aigle Blanc montant la garde, se découpait sous les rayons de lune. Comme mû par un sixième sens, il tourna les yeux vers la jeune fille et lui fit un signe de tête. En grelottant, elle se leva et alla le rejoindre. Elle voulait lui parler, mais il la fit taire d’un geste et lui indiqua quelque chose au loin.
Elle crut d’abord qu’un homme marchait le long de la rivière, mais il était bien trop grand… C’était un ours, comprit-elle soudain. La grosse bête pêchait tranquillement. Oubliant le froid, Marie l’observa avec plaisir, aux côtés du vieil indien. En quelques coups de pattes précis, l’animal fit jaillir un énorme saumon dont il ne fit qu’une bouchée. Soudain, il s’immobilisa. Le museau pointé vers l’arrière, il se mit à gronder.
Sans bruit, Aigle Blanc s’en alla réveiller Jacky et Corbeau Subtil. Quelque chose approchait. Cette fois, il s’agissait bien d’un homme. Ce dernier courait, sûrement depuis longtemps au bruit que faisait sa respiration. La nuit était assez claire et ils virent qu’ils s’agissait d’un indien. Jacky jura et Aigle Blanc secoua la tête dépité. Ils venaient de reconnaître Vent dans les Arbres. Sans prendre le temps de souffler, le jeune homme leur raconta la visite des blancs au village indien. Fier de les avoir éconduits, il ne comprit pas pourquoi l’horreur se peignait sur le visage du trappeur au fil de son récit.
« Bougre d’âne ! tempêta celui-ci. Tu n’as rien trouvé de mieux que de nous les ramener jusqu’ici ? »
Comme pour lui donner raison, des chevaux se firent entendre. Les indiens et la jeune fille eurent à peine le temps de se jeter sur le sol que leurs poursuivants firent leur apparition. Le pasteur Twinson était en tête et il jubilait. Il brandit un fusil et cria d’une voix forte : « Sortez de votre trou ! Je sais que vous êtes là ! »

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Marie et l’homme de la plaine 18 : le pasteur

Posté : 6 juillet, 2010 @ 6:58 dans Marie et l'homme de la plaine | 14 commentaires »

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Le pasteur Twinson piaffait d’impatience. Cela faisait près de quatre jours qu’ils avaient quitté la ville et ils n’avaient toujours pas mis la main sur cette petite bâtarde ni sur sa bande d’indiens. Il enrageait à l’idée que celle-ci ne puisse lui échapper. Quand Régine lui avait confié que la petite devait être partie à la recherche de son véritable père, il avait senti une colère noire l’envahir. Après tous les efforts qu’il avait faits pour priver James Van Djik de sa fille, il n’était pas question qu’elle aille faire tout capoter !
Devant sa soeur, il s’était montré modéré, repentant… il était même allé chercher l’ancien fiancé de Marie pour entamer « les recherches ». Tout cela pour obtenir sa confiance et les quelques renseignements qu’elle avait pu lui donner. Peu de choses en fait : il savait juste à quelle heure la jeune fille s’était enfuie et dans quelle tenue. Puis Françoise, la gouvernante, avait vaguement parlé des « escapades » de Marie dans la plaine. Le pasteur avait aussitôt fait le rapprochement. Elle fréquentait toujours les sauvages, un penchant dont sa tante n’avait pas su la guérir !
Cela changeait la donne. Seule, Marie aurait fini par revenir tête basse et par se plier à sa condition honteuse de fille sans père, sans espoir de mariage. Le pasteur se serait alors estimé vengé. Mais la venue des négociant Querman et Bertrand avait mis le feu aux poudres. Non seulement, marie n’était pas seule, mais elle avait avec elle des indiens armés (Querman lui avait raconté avec un frisson qu’ils possédaient de longs couteaux affûtés) ainsi qu’un métis, vieux trappeur que Peter Twinson connaissait personnellement, puisque c’était en compagnie de James qu’il l’avait croisé la dernière fois, juste après la mort d’Edwige.
Avec un tel guide, ses chances de retrouver son père devenaient soudain très réelles. Le pasteur n’avait pas perdu une seconde. Il était allé chez Régine en prétendant qu’il savait de source sûre que Marie courait un danger. A Dominique, il avait raconté que son ancienne fiancée était une voleuse et que ses actes risquaient une fois de plus d’éclabousser la réputation de sa famille. Quand à ses acolytes, Dick et Jim, il lui avait suffi de prononcer le mot « indiens » pour qu’ils se sentent concerner. Ces deux-là ne portaient pas les peaux-rouges dans leur coeur !
Malgré tout, Marie lui échappait encore. Peter regrettait de ne pas avoir emmené de chiens… Leur flair leur aurait permis de la débusquer à coup sûr. Il avait l’impression de tourner en rond, d’autant qu’il n’était même pas certain de la direction empruntée par sa petite troupe. Certes, les négociants les avaient vus partir vers le nord, mais ils pouvaient très bien avoir changé de route ensuite. Les indiens s’y entendaient pour brouiller les pistes !
Hier, ils étaient revenus sur leurs pas et avait enfin fait une découverte intéressante…. trois fois rien en fait : un petit morceau de viande crue, abandonné là. En temps normal, ils auraient sûrement pensé qu’il s’agissait des reliefs de repas d’un prédateur, mais la découpe était trop nette. Ce morceau de viande n’avait pas été arraché à l’aide de griffes ou de crocs, c’était l’oeuvre d’un être humain.
Reprenant espoir, ils avaient pu suivre quelques vagues traces qui les avaient menés tout droit aux portes d’un vaste camp indien. Là, évidemment, les choses s’étaient un peu gâtées. Si Marie se trouvait quelque part dans le camp, il serait difficile de l’en faire sortir. Le nombre ne jouait pas en leur faveur. Ni lui, ni Dick ou Jim n’étaient capables de négocier avec les indiens… mais Dominique, lui, s’était proposé.
Il fallait bien reconnaître qu’il était courageux. Sans armes, il était allé au devant des indiens pour parler avec eux. Un grand gaillard avec un visage de poupon l’avait écouté. Puis en quelques mots sommaires, il avait prétendu qu’aucune femme blanche n’était passée par là . Dominique était revenu découragé, convaincu que cela n’avait servi à rien, mais le pasteur n’était pas de cet avis. Bien qu’il se soit tenu à l’écart pendant l’entretien, il avait pu observer le visage de l’indien tandis qu’il parlait et celui-ci cachait bien mal ses émotions.
Il mentait. Peter décida de rester à proximité du camp avec ses compagnons pour surveiller les allées et venues des indiens. Il fit d’abord mine de repartir pour mettre les peaux-rouges en confiance, puis il revint en catimini. Ils se relayèrent avec Jim et Dick pour monter la garde. Quand Dick vint le secouer le soir même, il ne crut pas à sa chance… mais il vit sous la lune, un indien qui se faufilait. C’était celui qui avait discuté avec Dominique. Silencieusement, il alla réveiller les deux autres. Ils n’avaient plus qu’à suivre ce sauvage !
Le coeur battant, Vent dans les arbres était sorti du tipi, abandonnant Lune Timide à son sommeil. Il avait reconnu le blanc qui était venu lui parler cet après-midi. C’était un de ceux qui poursuivaient Fille Démon. Il devait la prévenir. Aigle Blanc et Soleil Brûlant ne seraient sûrement pas contents de le voir débarquer, mais il se dit qu’il n’avait pas le choix. Il se glissa à travers le village endormi et prit la direction du nord, sans se douter un seul instant qu’il entrainait leurs ennemis sur ses pas…

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Mes amis blogueurs épisode 5

Posté : 4 juillet, 2010 @ 8:17 dans Marie et l'homme de la plaine | 10 commentaires »

animaux0052.jpgJe vous ai déjà parlé d’elle, car c’est une amie dont j’admire le talent…. ou plutôt les talents. Il s’agit de Lina Carmen. Un auteur aux dons surprenants car elle écrit dans bien des domaines : des nouvelles (principalement de la science-fiction où elle est particulièrement douée), des contes, des histoires pour les enfants (je les ai découvertes récemment, ce sont de petits bijoux), de la poésie (des oeuvres de jeunesse nous dit-elle) et j’ai même appris qu’à l’occasion, elle se faisait parolière…. Rien ne lui fait peur, ni l’illustration (même si elle est encore débutante, j’ai foi en elle, je sais qu’elle atteindra son but), ni le piano (une indiscrétion de sa maman, car Lina est trop modeste pour nous dire tout ça !). Allez donc découvrir ses textes sur son blog ici … et aussi ce superbe texte qu’elle a écrit sur le blog d’une autre amie ici .
Je vous souhaite de bonnes lectures et une belle découverte. Soyez tranquilles : je vous laisse en bonne compagnie !

Marie et l’homme de la plaine 17 : un amour déclaré

Posté : 4 juillet, 2010 @ 8:17 dans Marie et l'homme de la plaine | 13 commentaires »

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-Pauvre Vent dans les Arbres, rit-il ensuite. Tu l’as envoyé tout droit entre les griffes de cette jeune tigresse !
-De quoi parles-tu ? balbutia Marie qui perdait contenance sous son regard.
-Du complot monté avec Lune Timide… Je l’ai bien vue venir te chercher tout à l’heure.
-Oh ? Tu nous regardais ?
Corbeau Subtil s’approcha d’elle et saisit une mèche de ses cheveux entre ses doigts. Il semblait subjugué par le contraste entre sa peau brune et la chevelure blonde de la jeune fille.
-Je ne te perds jamais de vue, Fille Démon, dit-il d’une voix émue. Quand bien même le voudrais-je, mes yeux ne pourraient se détacher de toi.
Marie plongea ses prunelles dans celles de l’indien. Il était si proche à présent qu’elle pouvait sentir son souffle sur son front. Elle ne se déroba pas quand il se pencha sur elle et répondit à son baiser avec une ardeur qui les laissa tous les deux pantelants. Lorsqu’elle se retrouva contre sa poitrine, écoutant son coeur battre tandis qu’il la serrait dans ses bras, elle sut à quel point elle l’aimait. Elle ignorait encore de quoi son avenir serait fait, mais elle savait qu’elle ne pourrait pas vivre sans lui. Elle voulut le lui dire, mais il posa ses doigts sur ses lèvres.
-Pas maintenant Fille Démon, dit-il. Ton coeur a besoin de repos. Trouvons ton père d’abord. Tu dois être en paix avec ton passé avant de poursuivre ta route.
-Ce que je veux, c’est être avec toi…. fit Marie en entourant la taille de l’indien de toute la force de ses deux bras.
-Où que tu sois, je t’accompagne, répondit-il en déposant un baiser sur le sommet de son crâne. Tu as ma parole : je ne te quitterai jamais…
La différence avec Dominique était énorme. Marie connaissait la valeur de la parole donnée pour un indien. Elle en fut bouleversée. Pleurant de bonheur, elle l’embrassa de nouveau et c’est enlacés ainsi que Jacky les surprit. Il se hâta de disparaître. « Fichtre ! pensait-il. Comment James allait-il prendre la nouvelle? » Il décida de ne pas s’en mêler. Après tout, la petite Marie semblait de taille à tout affronter. Son père ne la ferait sûrement même pas frémir. A la pensée du père et de la fille, confrontant leurs caractères si semblables, il ne put s’empêcher de rire. La rencontre promettait d’être mouvementée !
Au petit matin, la troupe se retrouva sur le départ. vent dans les Arbres arriva le dernier. Il semblait épuisé, comme s’il n’avait pas dormi de la nuit et sur son visage et ses épaules apparaissaient d’étranges traces… comme des marques de griffures.
-Où donc es-tu allé te fourrer ? maugréa le trappeur qui était de mauvaise humeur. On dirait que tu as dormi dans un buisson d’épines !
Le jeune homme étouffa un baillement qui n’échappa pas à Jacky.
-Eh bien ! Te voilà frais ! dit-il. J’espère que tu seras d’attaque pour reprendre la marche ! Nous ne t’attendrons pas… Allons rejoindre Aigle Blanc ! Celui-ci s’était posté à l’entrée du village avec les vivres qu’il leur réservait. Mais son air grave, sa posture, semblaient indiquer qu’il ne les laisserait pas partir si facilement.
-Bonjour mon frère ! dit le trappeur en se forçant à prendre un ton jovial.
-Bonjour à toi Soleil Brûlant, répondit sombrement le guerrier.
Il avait les bras croisés et se tenait bien droit, si bien qu’ils ne découvrirent la rougissante Lune Timide que lorsque son père s’écarta un peu. Le regard de Jacky alla rapidement de Vent dans les Arbres à la jeune fille.
-Tu as l’air soucieux mon frère, dit-il à Aigle Blanc aussitôt qu’il se fût ressaisi. As-tu des ennuis ?
-Ma fille que voici, a été souillée, fit le guerrier qui ne semblait pourtant pas en colère. Je demande réparation. L’homme qui a fait ça doit l’épouser ou alors, il devra m’affronter.
Vent dans les Arbres fit un pas en avant, sourire aux lèvres, amis le regard de Jacky le figea sur place.
-C’est une promesse de mariage que tu veux ? demanda-t-il au père « outragé ».
-Non, c’est un échange. Je veux que mon futur gendre reste auprès de ma fille et qu’il soit remplacé par un autre guerrier.
-Quel guerrier me donnerais-tu en échange ?
-Moi, répondit-il avec un large sourire.
Jacky souffla soulagé.
-Je te remercie mon frère ! C’est plus que ce que nous ne méritons après la façon dont cet animal-là s’est comporté, dit-il en regardant Vent dans les Arbres.
Celui-ci protesta, mais le trappeur le coupa sèchement :
-Il suffit ! Tu t’es comporté comme un enfant et tu seras traité comme tel ! Nuage Dansant et Ours Rouge entendront parler de toi à notre retour, tu peux me faire confiance ! Bien, nous partons, ajouta-t-il pour Marie et Corbeau Subtil.
Aigle Blanc hissa une grande partie des vivres sur son épaule. Il semblait soudain très joyeux. Marie croisa son regard et conçut un soupçon à son sujet. N’avait-il pas monté toute cette entreprise de séduction avec Lune Timide, juste pour pouvoir les accompagner ? Il eut un tel sourire matois que bientôt, elle n’en douta plus. Elle se promit de faire attention à cet indien rusé. Le trappeur lui aussi paraissait content. Il y avait une certaine complicité entre lui et Aigle Blanc.
Elle regarda une dernière fois vers le village. Vent dans les Arbres surveillait leur départ, les bras ballants, le visage triste. Elle lui adressa un petit signe d’adieu auquel il ne répondit pas. peut-être lui en voulait-il de l’avoir piégé ainsi ? Elle se’n voulait… Corbeau Subtil prit sa main.
-Il a décidé tout seul. C’est lui qui a fait son choix, dit-il. A lui d’en subir les conséquences. Viens Marie, rejoignons Soleil Brûlant avant qu’il ne se plaigne de notre lenteur.
Marie ? La jeune fille sentit son coeur se remplir de gratitude. C’était la première fois qu’il l’appelait par son prénom, comme s’il acceptait ses origines de blanche. Main dans la main, ils reprirent la route. Lune Timide s’approcha de Vent dans les Arbres un peu craintivement et effleura son bras. Le jeune homme vit l’amour dans ses yeux. Il se détendit et la serra dans ses bras. Au loin, les silhouettes de ses amis s’estompaient…

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