Nouvelles en vrac

Nouvelles, contes et autres textes courts…

Archive pour la catégorie 'Nouvelles'

la main poilue

Posté : 17 août, 2015 @ 10:23 dans Nouvelles | 1 commentaire »

main poilue

Cela faisait deux semaines que j’étais en colo et la baignade restait mon moment favori… avec la distribution du courrier, bien entendu. Comme toujours, j’étais en compagnie de ma copine Malika, une chouette fille. Au début, elle et moi, ça n’était pas gagné ! Nous étions trop différentes l’une de l’autre : elle, la peau brune comme ses cheveux longs et frisés…. une vraie poupée douce et réservée ; moi, la peau claire, les cheveux blonds et courts, toujours en mouvement, toujours prête pour l’aventure… un peu garçon manqué. Pourtant, ça a collé. Nous somme devenues inséparables, amies dès le premier coup d’oeil.
Si moi j’aimais la mer, la baignade… Malika, ce n’était pas son truc. Je dirais même que l’océan lui filait la frousse. Enfin, pour me faire plaisir, elle venait se baigner avec moi. Alors, de mon côté, je faisais des concessions. Au lieu de me jeter à l’eau et de nager le plus loin possible, je prenais la main de Malika et nous sautions les vagues… comme « des bébés » avait dit un garçon de notre groupe (mais après que je lui aie fendu la lèvre, il ne l’a plus répété).
Ce jour là, une vague particulièrement grosse nous a balayées et j’ai entendu mon amie crier. D’abord, j’ai cru qu’elle avait bu la tasse… mais ce n’était pas ça. Debout, toute droite, elle tremblait et de grosses larmes coulaient sur ses joues. Elle s’est tournée vers moi et a balbutié bouleversée : « Quelque chose m’a attrapé la jambe… on aurait dit des doigts ! »
C’était bizarre parce que les autres nageurs étaient loin de nous. Cependant, je n’ai pas eu le temps de réfléchir à la question, car une seconde vague est arrivée, encore plus grosse, et j’ai été emportée par surprise. Dans le rouleau, à quelques centimètres à peine de mon visage, je l’ai vue… la main poilue… Elle se promenait entre deux eaux, les doigts écartés, légèrement recourbés au bout, comme si elle voulait se saisir de moi. Vision fugitive qui a disparu aussitôt que l’eau s’est retirée.
Sans nous concerter, Malika et moi sommes sorties de l’eau. Nous avons couru jusqu’aux moniteurs pour leur raconter les tribulations de « la main poilue ». Ils se sont regardés en souriant et l’un d’eux, qu’on appelait « Mouton » à cause de ses cheveux bouclés, nous a dit : « N’ayez pas peur les filles, je vais voir ça ! »
Courageusement, il est entré dans l’eau et depuis la plage, nous l’avons guidé jusqu’au lieu de l’apparition. Quand il fut pile au bon endroit, il s’est penché pour ausculter le fond… tout à coup, il s’est redressé en hurlant. Il tenait quelque chose de sombre entre ses mains et l’a jeté vers nous. Comme un seul homme, Malika et moi avons hurlé à notre tour… avant de voir que ce n’était que des algues. Dans son coin, Mouton riait à s’en faire mal aux côtes et les autres moniteurs, restés sur la plage, lui faisaient écho.
Notre calvaire a alors commencé. Avant la fin de la journée, toute la colo, jusqu’aux plus petits gosses, était au courant de ce qu’on appelait « notre délire ». La plupart se fichaient de nous ouvertement, les autres murmuraient, s’arrêtant de parler quand nous étions à proximité… ce qui n’était guère plus agréable.
Ma propre soeur qui était chez les grandes, ne croyais pas un mot de ce que je racontais. Mais une fille de son groupe qui avait cru intelligent de glisser un gant dans mon lit, s’est retrouvée avec un joli bleu sur la figure. A peine réconfortée par cette marque de solidarité fraternelle, ce soir-là, je suis allée me coucher complètement dégoûtée.
J’ai mal dormi évidemment et Malika qui occupait le lit près du mien a mouillé ses draps. Notre histoire a continué à amuser tout le monde. Désormais, c’était devenu celle « du monstre à la main poilue ». Supposé sommeiller au fond de l’océan, il se jetait sur les baigneurs insouciants et les entraînait dans les abîmes pour se repaître de leur chair… Cette version là était l’oeuvre de Mouton. Il l’avait inventée pour se moquer de nous bien sûr… mais elle n’avait pas eu l’effet escompté.
Au moment de la baignade, de plus en plus d’enfants restaient sur la plage à observer les vagues d’un air soupçonneux. Mouton eut beau faire, il eut beau les charrier, se moquer d’eux pour titiller leur orgueil, rien n’y fit. Le nombre de baigneurs se réduisait comme une peau de chagrin… Ce fut mon unique consolation jusqu’à la fin du séjour. Mon honneur avait été vengé en quelque sorte.
Avec le temps, cette aventure m’est sortie de l’esprit. Jusqu’à ce que quelques années plus tard, je tombe sur Malika dans un centre commercial.
Elle avait changé… Nous avions changé toutes les deux. Son ventre était arrondi par la grossesse et elle sourit en me voyant. Le même sourire qu’autrefois quand nous étions amies. Nous avons échangé les plates banalités d’usage pour des retrouvailles, mais nécessaires à retracer nos parcours si loin l’une de l’autre.
C’est elle qui m’a reparlé de la main poilue. Et tout m’est revenu d’un coup : la peur, les moqueries… j’ai ri. Après tout, si loin de la colo aussi bien par le temps que par l’espace, je pouvais bien me permettre un peu d’autodérision. Mais Malika est restée sérieuse, elle. Ca m’a surprise, mais pas autant que ce qu’elle m’a appris : quelques jours après notre séjour, elle avait lu dans le journal que les autorités avaient fait une découverte macabre… tout au long du littoral, sur les plages, ils avaient retrouvés les morceaux éparpillés d’un cadavre démembré.

Une journée à la ferme

Posté : 14 août, 2015 @ 7:39 dans Nouvelles | 1 commentaire »

vache
Il est huit heures. Habituellement, je suis déjà au travail depuis longtemps. Mais aujourd’hui est un jour spécial. Mon exploitation reçoit des écoliers pour « une journée à la ferme ». Ils sont une trentaine, chaussés de caoutchoucs colorés. L’institutrice qui les accompagne peine un peu à les calmer. Ce sont des gosses de la ville, beaucoup d’entre eux n’ont jamais mis les pieds à la campagne… du coup, ils sont tout excités !
Je frappe dans mes mains : les petits se réunissent autour de moi… Leurs yeux sont braqués sur mon visage. Pour un peu, j’en aurais presque le trac. « Nous allons commencer par la traite des vaches… » L’annonce provoque de nouveaux murmures. Pourtant, j’aimerais bien qu’ils se calment et qu’ils me suivent enfin. Mes pauvres bêtes n’en peuvent certainement plus d’attendre. La traite aurait dû être faite depuis des heures.
Quand nous arrivons dans la salle, quatre vaches sont déjà installées dans les compartiments du manège. Je fais un signe de la tête à mon fils qui commence la traite. La trayeuse intrigue les gamins et bientôt les questions fusent. Je suis étonné de constater que les détails techniques les intéressent autant.
Ca me fait comme un creux à l’estomac de voir que mon métier… ce métier que j’aime, puisse passionner des enfants. L’un d’eux me déclare, le plus sérieusement du monde, qu’il va demander à sa mère d’acheter une vache : « Nous la mettrons sur la pelouse ! »
Les machines agricoles les laissent bouches bées. Ils n’ont jamais rien vu d’aussi imposant. Les roues des tracteurs en particulier les impressionnent. Et c’est reparti pour une myriade de questions… Des questions très précises sur la puissance du moteur, le carburant, sa consommation…
C’est bien simple, rien de ce qui se trouvent dans l’exploitation ne leur est indifférent. Les bâtiments, les animaux, les gens même qui travaillent avec moi… tout est passé en revue. Ce n’était pas prévu au programme, mais je décide de les emmener dans le champ, au milieu des vaches.
J’ai l’intuition que l’expérience va leur plaire. Les débuts sont un peu timides de part et d’autre. Les bêtes, peu habituées aux visiteurs, se méfient. Face à la taille des animaux, les gamins restent sur leurs gardes. Puis soudain, c’est la rencontre. Une génisse lèche une main… dix autres se tendent.
Le contact avec les animaux n’est pas la seule chose qu’ils découvrent. Un peu choqué, je m’aperçoit qu’aucun d’eux n’a jamais vu une surface herbue aussi grande.
« Oh là là, monsieur, me dit un petit blond, ton champ, on dirait un terrain de foot ! Sauf que le marquage au sol a disparu ! »
Emu, je les regarde expérimenter toutes ces sensations, la douceur de l’herbe, les odeurs de la nature, l’espace…
Une sonnerie stridente me vrille les tympans. Une voix douce me murmure à l’oreille : « Simulation terminée, veuillez regagner votre bloc ! » Le rappel à la réalité est rude, comme toujours. Je me lève lentement. Des dizaines de personnes attendent pour prendre ma place. Ce simulateur, c’est notre récréation, notre seul moyen d’échapper à notre triste quotidien…
Il y a une trentaine d’années que la surface de la Terre est devenue trop polluée pour être habitable. Nous vivons dans les sous-sols…. Les vaches, l’herbe font partie de ces choses disparues dont le souvenir continue de nous hanter. Peut-être plus pour très longtemps, car l’espèce humaine, elle aussi est en voie de disparition.

Mon voisin

Posté : 6 août, 2015 @ 6:42 dans Nouvelles | 3 commentaires »

 

péniche
Voilà, c’est fait ! J’ai placé l’annonce : « cherche assistant pour convoyer péniche, diplôme de plongée exigé »…Bon, je n’ai pas de péniche et je me moque pas mal de tout ce qui peut se trouver sous l’eau. Je dois être folle ! Tout ça, c’est de la faute de Charles, mon voisin…
Il y a deux mois à peine, je ne le connaissais même pas. Je n’aurais jamais imaginé qu’un tel homme existait. Puis je l’ai rencontré… Il montait l’escalier, je descendais. Nous nous sommes juste croisés un bref instant. Je me souviens de m’être arrêtée au beau milieu des marches, juste pour le regarder quelques secondes de plus. Seigneur que cet homme était beau !
Il venait d’emménager, sans quoi je n’aurais pas manqué de le remarquer auparavant. En menant mon enquête, j’ai découvert qu’il habitait à deux étages au-dessus du mien. Du coup, il me suffisait de me poster derrière le judas pour le voir passer.

La même émotion, toujours, s’emparait de moi dès que son profil apparaissait… un ange tombé du ciel, avec des traits parfaits, une merveilleuse chevelure dense et bouclée. Et son corps… tout en muscles et en élégance, la démarche féline, le port altier. Tous ces détails nourrissaient mes nuits. Mentalement, je refaisais l’inventaire : la douceur des joues, la droiture du nez, la ligne ferme des lèvres, le dessin du menton et ses yeux… gouffres bleus où je me serais abîmée des heures durant !
Le temps des rêves a passé et celui de l’action est arrivé. Ça ne me suffisait plus de l’observer à la dérobée. Maintenant, j’avais envie qu’il me remarque lui aussi. J’ai sorti l’artillerie lourde : robe sexy, séance chez le coiffeur, maquillage de star… toute la panoplie. Trois ou quatre fois par jour, je passais devant lui « par hasard », avec un déhanché à vous coller la nausée. Il ne s’est jamais rien produit.
J’entends par là que ça n’a pas eu l’effet escompté. Mon beau voisin a continué à m’ignorer. Ce qui ne m’a pas empêché de mon côté d’apprendre des choses sur lui… Il s’appelait Charles Lettilleul. Je l’avais lu sur sa boîte aux lettres dans le hall. Pour le reste, j’ai dû faire quelques recherches.
J’ai repris mon poste de guet derrière ma porte. Cette fois, j’attendais la concierge, une mine d’informations cette femme-là ! Je savais qu’à cette heure, elle n’allait pas tarder à monter au dernier étage, celui de Charles, pour y passer le coup de lavette hebdomadaire.
J’avais mon plan en tête. Je lui ai laissé un peu d’avance, puis je l’ai suivie dans l’escalier. Elle était à genou et frottait le sol. Je me suis éclaircie la gorge avant de lancer un timide « Marie ? » Elle s’est tournée vers moi et a souri : « Oh, c’est vous mademoiselle Charlotte ? Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » J’ai débité mon mensonge d’une seule traite. J’attendais un colis très important dans la semaine, mais je n’étais pas sûre d’être là pour le réceptionner, alors si elle pouvait s’en charger pour moi… Tandis qu’elle m’assurait que ça ne la dérangeait pas, une porte s’ouvrit. Celle de Charles.
C’était la première fois que je le voyais d’aussi près et j’en eus le souffle coupé. « Bonjour Marie ! » dit-il à la concierge avec un sourire. Moi, je devais être transparente car il ne me salua pas. Il poursuivit sa route sans paraître avoir noté ma présence. Un peu mortifiée, je me suis penchée vers Marie :
-Qui est-ce ? Un nouveau locataire ?
-Oui, c’est Monsieur Letilleul… Il est bien charmant, me dit-elle.
-Bof… Encore un de ces employés de bureau pressés ! fis-je aussi naturellement que possible.

-Vous n’y êtes pas du tout … il est plongeur, enfin, en tout cas, il a un diplôme de plongée, c’est ce qu’il m’a dit ! Alors, je ne le vois pas travailler dans un bureau…
De retour dans mon appartement, je méditais sur cette nouvelle information quand mes sens, toujours en alerte, saisirent du bruit sur le palier. Je collai mon oeil au judas: c’était lui. Il remontait. J’ai attendu un peu, puis je me suis dit que c’était le moment ou jamais de me lancer : il était chez lui, seul. J’avais revêtu ma plus belle robe… Je respirai à fond et j’ouvris la porte. C’était décidé : j’allais faire preuve de culot et l’inviter au restaurant !
J’ai monté les marches quatre à quatre et je me suis diriger droit vers sa porte. Mais alors que j’allais frapper, sa voix m’arrêta. il était au téléphone. Poussée par la curiosité, j’ai pressé mon oreille contre le mur pour entendre ce qu’il disait : « … faut un travail, vite ! N’importe quoi, même conduire une péniche ». Puis il a ri, a échangé encore quelques mots que je n’ai pas compris et le silence est revenu. Tout d’un coup, ses pas ont résonné… il venait vers la porte !

Panique totale ! Je ne savais plus où j’étais ni ce que je faisais là. Un vieil instinct m’a sauvée. Je suis partie en courant. En dévalant les marches, j’ai perdu une chaussure et j’ai dû m’arrêter pour la récupérer. Inutile de la laisser là… il n’y a guère que cette petite veinarde de Cendrillon pour être arrivée à ses fins par un tel moyen ! D’ailleurs, je chausse du quarante et un, pas très glamour pour le prince charmant !
J’ai regagné mon appartement le coeur battant. Charles ne l’avait pas vue … Un vrai miracle ! Quelle idiote… je venais de gâcher une belle occasion. Qui sait s’il s’en présenterait un jour une autre ? C’est là que cette idée insensée a germé dans mon esprit. D’après ce que je venais d’entendre, il cherchait un emploi… Et si je mettais cela à profit ?
J’ignore quelle mouche m’avais piquée, mais mon esprit s’est mis à travailler très vite. Un emploi, c’était un appât inespéré… Oui, j’allais l’attirer bon gré, mal gré, à un rendez-vous avec moi et ensuite, j’espérais que mon charme ferait le reste et qu’il me pardonnerait mon petit stratagème.
En faisant du repérage du côté de sa boite aux lettres, j’avais vu qu’il était abonné au journal local. Rien ne fut plus facile que d’y laisser une annonce. Je l’ai ciblée au maximum sur ma proie, en me servant des renseignements glanés ici et là. Et c’est ainsi que je l’ai formulée : » cherche assistant pour convoyer péniche, diplôme de plongée exigé »… Puis j’ai attendu.
Au bout de quelques jours, le journal m’a fait parvenir les premières réponses à mon annonce. Il y en avait un nombre incroyable. Si j’avais réellement cherché un assistant, il m’aurait fallu des heures pour faire le tri… Je mis rapidement la main sur la seule candidature qui m’intéressait : C. Letilleul. Voilà ! La moitié du chemin était faite !
Je lui fixai un rendez-vous par l’intermédiaire du journal. Je l’invitai à me rejoindre au petit restaurant qui faisait face à notre immeuble… en espérant que cela ne lui mettrait pas la puce à l’oreille.
Le jour venu, je l’attendais, nerveuse, dans un recoin du restaurant. Par la fenêtre, je voyais les allées et venues des gens. Il passait beaucoup de monde, certaines personnes même entraient dans le restaurant… mais toujours pas de Charles. Je commençais à désespérer lorsqu’une ombre s’est projetée sur moi. Un homme se tenait près de ma table, souriant. Il m’a tendu la main et s’est présenté : « Bonjour, je suis Christian Letilleul. C’est moi qui ai répondu à votre annonce. C’est drôle, ajouta-t-il, mon frère me conseillait justement un poste similaire à celui que vous proposez… et ce qu’il y a d’encore plus drôle, c’est qu’il habite dans l’immeuble là, en face ! »
Je l’ai regardé en hochant la tête… quel dommage ! Il ne ressemblait pas du tout à son frère !

Le silence de la nuit

Posté : 5 août, 2015 @ 7:06 dans Nouvelles | 2 commentaires »

chandelle

Toute sa vie, ma tante Murielle avait vécu dans un minuscule deux pièces en banlieue parisienne, aussi ne fus-je pas peu surpris lorsque le notaire m’annonça qu’elle me léguait une maison à la campagne. Surprise qui augmenta quand il m’apprit qu’elle n’avait cessé de vouloir s’en débarrasser d’autant qu’il s’agissait d’après l’honorable clerc, d’une fort belle demeure située à la campagne, au milieu d’un domaine boisé. Je pris donc quinze jours de congé pour juger par moi-même de la valeur du legs. Je dois avouer que le notaire ne m’avait pas menti, c’était vraiment une magnifique maison. Haute de deux étages et trônant fièrement dans un parc immense, elle avait l’allure d’un petit manoir. Bénissant ma tante pour le cadeau qu’elle m’avait fait, j’y entrai pour voir si l’intérieur était aussi avenant que l’extérieur.
Là encore je ne fut pas déçu. A peine eus-je ouvert les volets que je découvris un mobilier ancien de grande qualité. Je me sentis un homme riche. Et en même temps, j’éprouvais un curieux malaise. Tante Murielle était une femme de bon sens, pourquoi diable, n’avait-elle pas profité de cet endroit exquis ? C’était à se demander si elle avait bien toute sa tête… Enfin, peu importe ! La brave femme m’avait cédé son bien et moi, j’avais la ferme intention d’en jouir. Je m’installai donc sans tarder, passant une soirée des plus reposantes…La nuit arriva sans que je m’en rendisse compte et je décidai alors d’aller me coucher. Etaient-ce les émotions de la journée ? Le bon air campagnard ou simplement l’atmosphère lénifiante de la maison ? Je m’endormis aussitôt.
Je sombrai rapidement dans un rêve étrange. Un homme et une femme étaient assis côte à côte au milieu de mon salon. On les avait attachés à leur chaise et ils avaient l’un comme l’autre les joues luisantes de larmes. Face à eux, maintenu par deux hommes vêtus de noir un enfant, leur enfant compris-je soudain, subissait les tortures d’un troisième homme. Celui ci promenait, sourire aux lèvres, une flamme sur le visage de petit garçon, observant avec satisfaction les cloques qui se formaient sur sa peau. La mère hurlait « Isaac ! Isaac ! » sans relâche et le père criait de désespoir. Ce furent ces cris qui me tirèrent de mon sommeil. Le songe était si prégnant, que le son de leurs voix persistait à mon oreille… Ce n’était pas un rêve : je les entendais bel et bien ! Je m’assis brusquement dans mon lit.Mon coeur battait si fort dans ma poitrine qu’il me semblait sur le point d’exploser. Le bruit venait du rez-de-chaussée et une lueur verdâtre filtrait sous la porte. Des pleurs, des hurlements se succédèrent. Tout cela sentait la souffrance et la mort… je ne serais descendu pour rien au monde.
Soudain, le silence retomba. Je m’étendis de nouveau, rabattant les couvertures par-dessus ma tête. Le corps inondé de sueur, le souffle court, je me sentais comme un enfant terrifié par l’obscurité, se gardant de faire le moindre geste par peur d’attirer sur lui les fantômes de la nuit. Je restai ainsi jusque au matin, les yeux écarquillés, les doigts crispés sur le drap, à l’affût du plus petit craquement. J’attendis que la lumière du jour coule à flots de la fenêtre pour me lever enfin. Et sans perdre un instant, je remballai tous mes effets personnels pour quitter au plus vite cet enfer. Lorsque je sortis, un vieux monsieur était assis sur un des bancs du parc. Il y avait quelque chose dans sa physionomie qui m’était familier. Je m’approchai pour mieux le voir. Il leva un regard triste vers moi et me sourit faiblement. Sa figure eût été agréable à regarder si elle n’avait été couverte de multiples cicatrices… Il me fit signe de m’asseoir et j’obtempérai.
-Vous êtes de nouveau propriétaire de la maison ? me demanda-t-il.
Je hochai la tête. Mes traits devaient porter les marques de mes frayeurs nocturnes car il ajouta :
-Vous les avez entendues, n’est-ce pas ?
-Entendu quoi ? fis-je faussement désinvolte.
-Les voix… dit-il. Oui, bien sûr que vous les avez entendues… Il ne se passe pas une nuit sans qu’elles ne s’élèvent. Ce sont les voix du passé, vous savez ! Pendant la guerre, la gestapo menait des interrogatoires ici. Vous pensez bien, c’est l’endroit idéal : une maison pareille, à l’écart, loin de tout… Beaucoup de gens sont passés entre ces murs, y ont souffert. Mais bien peu en sont ressortis ! Enfin, je ne veux pas vous ennuyer avec mes souvenirs de vieil homme… D’autant que je ne me suis même pas présenté, ajouta-t-il en me serrant la main, Je m’appelle Isaac Atlan.

Un matin morose

Posté : 3 août, 2015 @ 10:06 dans Nouvelles | 1 commentaire »

unmatinmorose.jpg Une désagréable sensation de fraîcheur l’avait réveillé. A force de se tourner et de se retourner, les couvertures avaient glissé au sol. En grognant, il avait essayer de les attraper du bout des doigts, mais il n’avait réussi qu’à rouler hors de son lit. La chute l’avait définitivement sorti de son sommeil. Il s’était levé. Un coup d’oeil par la fenêtre l’avait renseigné sur le temps : il faisait moche aujourd’hui, pas étonnant que la maison soit si sombre… il apercevait à peine le bout de ses orteils. En plus, un froid humide s’insinuait partout. Il éternua et porta une main à son front brûlant. Une migraine arrivait, sournoise et lancinante. Allons bon, il n’allait pas être malade quand même !
D’un pas mal assuré, il se rendit dans la cuisine. Il savait ce qui le remettrait d’aplomb : un bon café bien serré… Sauf que la cafetière était vide, ainsi que la boîte à café ! Il avait dû se rabattre sur une infusion. De la flotte avec un vague goût de pomme et de cannelle : tu parles d’un breuvage ! Des gouttes de pluie commencèrent à frapper les carreaux et ce bruit lui mit les nerfs en pelote. Il laissa son regard se perdre sur le bol fumant auquel il n’avait pas encore touché. L’odeur fruitée lui donnait la nausée. C’était à un point tel qu’il n’avait même pas envie de se préparer des tartines. L’averse était devenue torrentielle. Elle s’abattait sur le paysage avec violence, courbant les feuilles, assassinant les fleurs les plus fragiles. Il maugréa car il venait de se souvenir qu’il avait oublié ses précieuses orchidées sur le pas de la porte. Il se leva vivement pour aller les chercher.
Le bol lui échappa des mains. Le liquide bouillant lui éclaboussa les jambes. La porcelaine éclata sur le carrelage. Il regarda les morceaux s’éparpiller. Il y en avait partout. Avec la chance qu’il avait aujourd’hui, ce serait un miracle s’il parvenait à regagner sa chambre sans s’ouvrir le pied… car il n’était pas question qu’il reste debout ! Au Diable les orchidées, la pluie et son petit déjeuner ! Il ramassa les couvertures qui traînaient par terre, s’enroula dedans et se jeta en grognant sur le matelas. Puis il se tourna vers le mur, ferma les yeux et en quelques secondes à peine, se rendormit.
Cette nuit au village, la terre avait tremblé. Des crevasses étaient apparues sur les murs des maisons, des toitures s’étaient effondrées. Des rochers s’étaient décrochés de la montagne et avaient roulé jusque sur la place du village, heureusement sans faire de victime. L’hôtelier eut un sourire en me voyant surgir le regard hagard, terrifié par les forces de la nature.
-Ne vous en faîtes pas, me dit-il, c’est terminé à présent, il s’est calmé !
- »Il », qui ça « il » ?
Il haussa les épaules et son sourire s’élargit :
-Le géant de la montagne pardi ! Il s’est levé du pied gauche aujourd’hui !
Un matin morose dans Nouvelles action-onRendez-vous sur Hellocoton !

Un dimanche au village

Posté : 1 août, 2015 @ 5:28 dans Nouvelles | 1 commentaire »

église 1

Martin déboucha le premier sur la place du village… son village. Cela faisait deux ans qu’il l’avait quitté et rien n’avait changé. Que c’était bon de rentrer chez soi ! Puis soudain, il remarqua quelque chose d’insolite : il n’y avait pas un chat. Certes, il ne s’attendait pas à un comité d’accueil, puisqu’il n’avait pas annoncé sa visite… mais ne voir personne dans les rues, dans ce bourg pourtant très actif, était étrange.
Il fut bientôt rejoint par ses compagnons de route. Eux aussi cherchaient du regard les habitants. Martin décida d’en avoir le coeur net. Il frappa à une porte. Il n’y eut pas de réponse, alors il entra. La maison était vide, comme toutes les autres autour, ainsi que le constatèrent ses camarades.
Où donc étaient passés les gens ? On était dimanche, ils auraient dû être en famille autour d’une table… oui, mais leurs maisons étaient désertes. Peut-être y avait-il une grande fête de village où ils étaient tous réunis ? Mais alors, pourquoi régnait-il ce silence ? Où étaient les rires, la musique, les bavardages ?
Martin fut brusquement frappé par l’évidence. C’était dimanche aujourd’hui, alors naturellement ils ne pouvaient se trouver que dans un seul endroit : l’église. Il fonça au pas de course vers le vieil édifice qui dominait les environs de sa hauteur, puis ralentit à mesure qu’il s’en rapprochait, les sourcils froncés.
Aucun son ne lui parvenait, ni orgue ni murmure de prière, ni même la voix du prêtre s’élevant pour louer le Seigneur. Et il y avait cette drôle d’odeur qui flottait dans l’air, acide, métallique. Il s’obligea à aller jusqu’au bout. La porte de l’église était entrebâillée, il n’eut qu’à la pousser… Ils étaient tous là, tous les gens du village !
Martin n’eut même pas la force de crier. Il était venue ici plein d’espoir avec son escouade, volontaire pour chasser les allemands de son cher village qu’il avait dû quitter pour prendre le maquis… mais ils étaient arrivés trop tard. Les allemands avaient fui, après avoir rassemblé la population dans l’église où on l’avait exécutée…
Un dimanche au village dans Nouvelles action-onRendez-vous sur Hellocoton !

Le rêve blanc

Posté : 30 juillet, 2015 @ 7:52 dans Nouvelles | 3 commentaires »

montagne

Seul sur la corniche enneigée, adossé contre la paroi en boule pour conserver un maximum de chaleur, Aloïs luttait pour garder les yeux ouverts. Il était rompu de fatigue pourtant et le vent glacial qui lui fouettait le visage, loin de le tenir éveillé, le glissait un peu plus dans la torpeur. Le jeune homme se mordit la langue jusqu’au sang. Un goût métallique lui emplit la bouche et la douleur le submergea. Il s’efforça de se concentrer dessus, de sentir chacune des micro-pulsions que ses nerfs envoyaient à son cerveau. Mais le froid à l’extérieur se fit plus aigu, accaparant de nouveau toutes ses pensées. Bon sang, il ne voulait pas mourir ! Pas comme les autres membres de l’expédition : Sarah la zoologiste qui gisait à quelques centimètres de lui, les lèvres bleues, les yeux pleins de larmes gelées… Luc, le guide, qui avait basculé dans le vide en tentant d’aller chercher du secours et Dan enfin, décédé lui aussi des suites d’une chute, volontaire celle-là, car il avait préféré le suicide à l’agonie.
En songeant à ce dernier, le coeur d’Aloïs se serra. C’était son ami. Tout au long de l’ascension, il avait pris soin du jeune homme. Il lui avait aussi raconté des légendes locales, comme celle de la Dame des neiges qui venait en aide aux voyageurs qui se perdaient dans la montagne. Ce n’était guère plus qu’un conte pour enfants, mais Aloïs se surprit à adresser une prière à la divinité qui régnait sur ce monde de glace. Ses lèvres répétaient en boucle : »je vous en prie, sauvez-moi ! » Tant que sa bouche pouvait remuer, se disait-il, il lui restait encore un espoir… aussi longtemps qu’il resterait conscient… aussi longtemps qu’il demeurerait en vie… Ses forces le quittaient, mais qu’importe, il irait jusqu’à l’épuisement total. Pourtant, malgré lui ses paupières se fermèrent. « Tu vas mourir », lui souffla un reliquat de conscience. Il essaya de bouger pour se battre encore. Dans un effort désespéré pour survivre, il ouvrit grand les yeux. Ebahi, il vit un visage féminin se pencher sur lui, une main se tendre vers sa joue. Puis une chaleur bienfaisante l’envahit. « La Dame des neiges…. »murmura-t-il.
C’est alors qu’il reprit ses esprits. Il faisait froid et il neigeait… mais il n’était pas sur une montagne ainsi que l’enseigne du bar minable d’en face, le lui confirmait. Pas plus d’ailleurs qu’il avait jamais fait partie d’une quelconque expédition. Sans doute cette aventure n’était-elle que le souvenir d’une des lectures de sa vie passée, avant qu’il ne se soit mis à boire et à vivre dans la rue. Quant à la Dame des neiges… il leva le regard vers elle. Il la connaissait bien. C’était une bénévole de la Croix Rouge. Et tandis que sa voix le berçait de remontrances, il s’emmitoufla dans la couverture qu’elle venait de lui donner, sombrant enfin dans le sommeil.

Le masque de chair

Posté : 28 juillet, 2015 @ 10:06 dans Nouvelles | 2 commentaires »

mn16.jpg A peine l’avait-il aperçu sur le catalogue des ventes qu’il en était tombé amoureux. C’était un masque de théâtre Nô, très ancien, qui représentait le visage d’une toute jeune fille d’une beauté et d’une finesse incroyables. Mais ce qu’il avait de plus émouvant était en fait la tristesse indicible qui en émanait. Emmanuel serra les poings, il le lui fallait à tout prix.
Quelques heures plus tard, après une lutte acharnée avec un vieux collectionneur d’art japonais, il rentrait chez lui, son précieux masque enfermé dans une mallette en cuir. Sa femme Sarah, éprise comme lui d’objets anciens, l’attendait sur le pas de la porte. Quand il dévoila son trésor, elle observa un silence extasié.
-Il est magnifique, absolument magnifique, murmura-t-elle.
Emmanuel toussota un peu embarrassé.
-C’est vrai, dit-il, mais son histoire est plutôt tragique… C’est l’oeuvre d’un artiste peu connu, nommé Ayiko Sagara, qui a peu à peu sombré dans la folie. Sa famille a été massacrée au tout début de l’ère Meiji. On dit qu’il ne s’en est jamais remis. Il a ensuite refait sa vie et a pris pour épouse une jeune fille de son village de vingt ans sa cadette. Malheureusement, ce mariage ne lui a pas permis de retrouver l’équilibre. Son oeuvre est devenue de plus en plus tourmentée, jusqu’à ce qu’un jour, sa folie atteigne son paroxysme…
-Et alors ? demanda Sarah caressant le visage verni du bout des doigts.
-Alors il a tué sa femme et il l’a dépecée. Ce masque serait la transposition du visage de la morte sur un morceau de terre cuite. Ce fut sa dernière oeuvre avant qu’il ne soit jugé et exécuté par les autorités.
Sarah prit le masque dans ses mains et l’observa attentivement.
-Tu crois qu’il y a vraiment de la peau humaine là-dessus ? demanda-t-elle.-Je l’ignore, mais bien qu’il fût destiné au théâtre Nô, aucun acteur n’a jamais voulu le porter…
Malgré l’horreur de son récit, Emmanuel ne nota aucune altération sur les traits de son épouse. Elle regardait toujours l’objet avec la même admiration.
-Peu importe son histoire, murmura-t-elle, c’est vraiment une très belle pièce…
Elle reposa le masque à regret et sans savoir pourquoi, Emmanuel en fut troublé. Ils passèrent une soirée étrangement silencieuse. Sarah semblait absorbée dans une rêverie intense et le jeune homme, saisi d’un malaise inexplicable, n’osa pas la tirer de ses pensées. Puis ils se couchèrent sans échanger un mot et Emmanuel sombra dans un sommeil anormalement lourd, presque comateux.
Il s’éveilla au milieu de la nuit avec la sensation qu’une main glacée étreignait sa poitrine. Sarah n’était plus dans le lit. A tâtons, le jeune homme chercha l’interrupteur. Il tendit l’oreille, mais aucun bruit ne lui parvint du reste de la maison. Aussi décida-t-il de descendre rejoindre son épouse. Curieusement, elle n’avait allumé aucune lumière. Inquiet, Emmanuel se hâta, trébuchant et se heurtant aux murs. Enfin, une lueur apparut dans le salon. Il s’avança, puis se figea horrifié. Sur le sol, derrière le canapé, gisaient les pieds nus de Sarah. Il se précipita vers elle, espérant qu’elle ne fut que évanouie. Mais le spectacle qu’il découvrit lui tordit les entrailles.
Posé sur le visage de Sarah qu’il épousait comme une seconde peau, le masque arborait une expression totalement nouvelle. La tristesse avait fait place à un sourire malsain, cruel et satisfait, à croire qu’il se réjouissait d’avoir enfin retrouvé un corps.

la formule

Posté : 26 juillet, 2015 @ 5:23 dans Nouvelles | 2 commentaires »

dyn006original354560gif25952667741f91aaa83dad963bbf0528bfeb66a.gif Quiconque les aurait vues ensemble les aurait prise pour trois bourgeoises oisives et opulentes, tout au plus… Sauf que ces trois bourgeoises là étaient des sorcières. Faustine, Morgane et Perséphone s’adonnaient à la magie noire depuis plus de vingt ans. Elles en avaient tiré richesse et pouvoir. Un certain orgueil aussi. Pour rien au monde, elles n’auraient renoncé à ce sentiment de puissance. Mieux, elles rêvaient de la voir grandir encore. Or, ce matin là, Faustine apporta à ses amies un document du XVème siècle, une formule qui réaliserait leur désir le plus cher.
-Allez, lis, lui dit Morgane très exitée. Qu’est-ce que ça dit ?
-Il est écrit : O Seigneur de la nuit
Je marche dans ton ombre
O grand Lucifer !
Je me prosterne à tes pieds.
Accepte cette âme,
Et permets que par ce sacrifice
Mes pouvoirs grandissent !
-Formidable ! s’écria Perséphone. Où as-tu trouvé ça ?
-Ce n’est pas moi qui l’ai trouvé, avoua Faustine avec un demi sourire. C’est Lilith.
-Lilith, fit Morgane dépitée, cet affreux petit pot de colle ?
-Oui, elle-même ! D’ailleurs, pour la remercier je l’ai conviée à la cérémonie qui verra croître nos pouvoirs…
Les deux autres se récrièrent vivement.
-Mais tu es complètement folle ! Qu’est-ce qui t’a pris d’inviter une novice ?
Devant la mine ébahie de ses amies, Faustine demanda :
-Avez-vous bien lu la formule ?
-Oui, commença Perséphone. Elle dit que…
Un sourire soudain éclaira son visage.
-Oh, tu veux sûrement parler du sacrifice ?
Faustine hocha la tête en signe d’assentiment. Elles se regardèrent et éclatèrent de rire.
Quand Lilith arriva, les trois femmes avaient achevé les préparatifs pour la cérémonie. Elles accueillirent la jeune fille avec une gentillesse et un empressement tellement inattendus que celle-ci se sentit toute émue.
-Je ne sais pas quoi dire, fit-elle. Que vous m’acceptiez parmi vous, ça a été une telle surprise !
-Nous sommes très heureuses de vous avoir avec nous ! lui assura Morgane.-Je peux vous aider à faire quelque chose ? interrogea Lilith.
-Votre présence nous aide déjà énormément mon petit, dit Perséphone en la poussant vers un fauteuil. Mais si vous voulez vraiment nous rendre service, asseyez-vous là, fermez les yeux et tâchez de faire le vide dans votre esprit !
-D’accord, répondit la jeune fille en s’exécutant docilement.
La voix de Faustine s’éleva et commença à réciter la formule, tandis que Perséphone, un fin poignard à la main s’approchait de Lilith, immobile sur son siège.
« O Seigneur de la nuit,
Je marche dans ton ombre. »
La sorcière posa une main sur le dossier du fauteuil et leva celle qui tenait la lame haut, au-dessus de la jeune fille.
« O grand Lucifer
Je me prosterne à tes pieds. »
L’arme fendit l’air en sifflant et s’enfonça dans la chair.
« Accepte cette… »
Le couteau fiché dans la poitrine, Faustine s’interrompit net. Un flot de sang sortit de sa bouche et elle bascula en arrière. Perséphone regarda sans comprendre sa main d’où le poignard s’était littéralement envolé, puis elle se tourna vers Lilith. Ses yeux étaient ouverts, elle souriait. Mais son visage avait perdu le voile de l’innocence et c’était un sourire cruel, triomphant. Une aura de pouvoir émanait d’elle. Unies dans le même cri de douleur, Perséphone et Morgane en éprouvèrent toute la force quand la jeune fille leur ôta la vie.
Lilith se leva et croisa les mains sur sa poitrine en murmurant :
« Accepte ces âmes,
Et permets que par ces sacrifices
Mes pouvoirs grandissent. »
Elle savoura la vague de chaleur qui l’envahit soudain, signe que son offrande avait été acceptée. Sans le moindre élan de compassion, elle contempla les corps des trois sorcières. Ah ces novices ! Toujours avides de pouvoir ! En quatre cents ans, pas une n’avait résisté à l’attrait de la formule magique… et pas une ne lui avait échappé !
Comme on remet un masque, Lilith reprit son air de jeune fille réservée. Son maître était assoiffé d’âmes et elle avait encore tant d’autres sorcières à visiter…

La bonne fortune

Posté : 25 juillet, 2015 @ 5:20 dans Nouvelles | 2 commentaires »

Aussitôt qu’il entendit la détonation, Louis se tapit contre le sol. Cette fois ci, ce n’était pas passé loin : il avait bien failli y rester ! Le jeune homme s’épongea le front. Il devait coûte que coûte arriver au sommet de l’escarpement rocheux pour observer les positions ennemies. Retenant son souffle, il attendit quelques instants avant de reprendre sa progression en rampant. Les genoux ensanglantés, il finit par atteindre son but. A sa grande surprise, il découvrit le corps d’un homme qui était étendu là, mort depuis deux jours au moins. Visiblement, ce n’était pas un soldat… plutôt un brigand, à en juger par son accoutrement. Intrigué par la besace que l’homme serrait contre sa poitrine, Louis s’approcha. Il retira à grand peine les doigts crispés sur le sac et l’ouvrit pour regarder son contenu : elle regorgeait de pièces d’or. De sa vie, il n’avait jamais vu autant d’argent… Il sourit. C’était la providence qui l’avait conduit ici !
En un instant, il oublia la guerre, l’ennemi et sa mission. Il était riche à présent….Avec cet argent, il serait libre de faire ce que bon lui semblerait. A condition bien sûr, de quitter le champ de bataille sans se faire attraper, ni par l’ennemi, ni par ceux de son propre camp. Il jeta un coup d’oeil en arrière. Impossible de repartir par où il était venu car deux de ses camarades l’attendaient en bas. Pas question non plus de s’attarder, ils risquaient de monter le rejoindre. Il ne lui restait donc qu’une solution : descendre pat le côté abrupt de la roche, une falaise d’une hauteur vertigineuse. Cette perspective lui nouait l’estomac, mais il n’avait pas le choix : sa fortune et sa liberté en dépendaient !
Il prit le sac et le mit en bandoulière autour de sa poitrine. La nuit était tombée et il n’avait pas de corde, néanmoins il commença silencieusement sa longue descente. Il n’en menait pas large, conscient d’être une cible facile. De plus, il progressait lentement, s’arrêtant dès que la plus petite pierre se détachait de la paroi, puis il reprenait son chemin, malgré ses muscles endoloris et les meurtrissures de ses mains. C’était dur, lent et pénible. heureusement, à l’idée de tout ce qu’il allait pouvoir s’offrir, sa tâche lui semblait plus légère. Tout d’abord, il s’achèterait une immense maison et il engagerait une foule de domestiques. Ensuite, il épouserait une fille de bonne famille, une jolie, qu’il couvrirait de présents. Ils donneraient des fêtes somptueuses, iraient au théâtre… Louis soupira. Avant toute chose, il faudrait qu’il s’en sorte vivant et en un seul morceau. Pendant près d’une heure, il mena les dents serrées, son combat pour atteindre le sol sans dommage.
Quand ses pieds touchèrent la terre ferme, il crut défaillir de joie. Bien sûr, il fallait encore traverser les lignes ennemie et rejoindre la civilisation. Ce qui lui prendrait probablement quelques jours supplémentaires, mais… Louis s’immobilisa. Une forme gisait sur le sol, tout près. Le jeune homme hésita à s’en approcher. puis il se dit que c’était peut-être un complice du brigand mort là-haut et qu’il pouvait, lui aussi (pourquoi pas ?), détenir de l’or. Aussi s’avança-t-il les mains tendues, pour fouiller le corps.
Il découvrit d’abord une poitrine maculée de sang, mortellement frappée par une balle. Son regard remonta ensuite vers le visage. Un visage qu’il connaissait bien : le sien. Il se rappela soudain de la détonation qu’il avait entendue et comprit avec douleur qu’il était mort depuis plus d’une heure.

12345...8
 

Les livres de Jean-Philippe... |
Diapoésies musicales |
passion littéraire |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lire puis écrire
| Pour l'amour de la langue e...
| Laisse moi mettre des poème...