Nouvelles en vrac

Nouvelles, contes et autres textes courts…

Archive pour la catégorie 'texte court'

Le messager des dieux

Posté : 2 juin, 2016 @ 10:41 dans texte court | 1 commentaire »

Bienvenue à toi, Seigneur Corbeau ! Quelles nouvelles viens-tu me porter ? Celles du sud, là où marche l’avant garde de notre armée ? Pillant, brûlant, rasant tout ce qui se trouve sur son passage ? C’est comme un flot incessant de fer et de chair, une marée, un tsunami dévastateur.
Es-tu venu de l’ouest ? Là où depuis leurs remparts, nos voisins observent en tremblant notre progression, priant pour que nous perdions nos batailles afin que jamais nous ne venions nous poster au pied de leurs riches cités…
Arrives-tu de l’est ? Cette vaste steppe herbeuse où courent de féroces cavaliers ? Ceux-là sont nos frères. Nous avons pactisé avec eux. Ensemble, nous allons asseoir notre domination sur un vaste empire.
Réponds-moi, Seigneur Corbeau ! Peut-être viens-tu finalement du nord, d’où nous sommes descendus, après avoir serré sur nos cœurs nos épouses et nos enfants, leur promettant de revenir les couvrir d’or et de gloire…
J’ai deviné juste : ton œil pétille ! C’est bien du nord que tu es venu à tire d’aile ! Alors dis-moi : quelles nouvelles ? Pourquoi restes-tu muet à ébouriffer tes plumes ? Que vois-je sur tes pattes ? Elles sont rougies de sang… A qui appartient-il ? Est-ce celui des miens que j’ai laissés là-bas, seuls et sans protection ?
Tu t’envoles, maudit ! Ton croassement moqueur m’emplit d’angoisse. Je devrais porter mes regard vers l’avant, vers la conquête et les exploits guerriers, mais je ne fais plus que regarder en arrière, vers la douceur de mon foyer, dont ne demeurent peut-être que les cendres…

Personne ne me croit

Posté : 22 avril, 2016 @ 10:52 dans texte court | 1 commentaire »

Personne ne me croit quand je dis qu’un fantôme apparait dans le miroir chaque fois que je m’y regarde. Il me fait des grimaces tour à tour moqueuses ou menaçantes. Il m’imite, il m’observe. Je ne vois plus jamais mon reflet… non, je ne vois que lui. Du coup, la peur m’interdit de posséder le moindre miroir… je commence même à fuir la surface réfléchissante des vitres !
Personne ne me croit lorsque je dis qu’un démon me suit. Il place ses pas dans les miens, il se fait passer pour mon ombre… mais du coin de l’œil, je vois sa forme qui s’étire, je vois ses cornes, sa queue fourchue. Il est très rapide. Si je me retourne brusquement, il disparait.
Personne ne me croit non plus, lorsque je parle de ce vampire qui tous les soirs, vient boire mon énergie. Pourtant, c’est indéniable, je me traîne toute la journée, épuisé, vidé, sans force. Tout ce que je j’ingurgite, solide ou liquide, ne profite qu’à lui !
Personne ne me croit, lorsque j’annonce que des voix mauvaises me prédisent mille maux, qu’elles les sussurent à mon oreille. La fin du monde est proche : elles m’ont prévenu ! La mienne l’est encore plus… Je tremble en l’attendant.
On ne me croit jamais. C’est ainsi depuis toujours. Personne ne m’a cru non plus lorsque j’ai raconté comment mon beau père avait tué ma mère. Comment il avait fait basculer son corps dans le coffre de la voiture avant de l’emmener dans la nuit d’où elle n’est plus revenue. Ils ont préféré le croire lui. Depuis, il me hante. Il se fait fantôme, démon, vampire, voix qui chuchote. Il me pourrit la vie, me bouffe de l’intérieur. Il est avec moi en permanence, mais quand je le dis… personne ne me croit.

Mon autre vie

Posté : 20 avril, 2016 @ 10:29 dans texte court | 4 commentaires »

Du plus loin que je me souvienne, j’étais toujours celui qu’on persécutait. Petit frêle, je n’étais pas taillé pour me battre. Avec ça, timide, réservé et pas très courageux…. J’étais pétri de peurs et de complexes qui handicapaient chaque instant de ma vie. Bien sûr, les autres ne manquaient pas de profiter de ma faiblesse. A l’école d’abord, où j’étais le souffre douleur attitré des brutes les plus épaisses. Au travail ensuite, où je me montrais incapable de faire valoir mes doits, ce qui me valut de me faire exploiter honteusement.
J’épousai une femme dont je n’étais même pas amoureux, mais dont la famille plaisait à mes parents. Je tombai aussitôt sous son joug. C’était un vrai tyran qui m’accablait d’injures et de tâches à accomplir. Elle n’était jamais satisfaite ! Nos enfants, à son image, exigeaient tout de moi, mais ne me donnaient jamais rien en retour. Passif, résigné, je me laissais faire.
Jusqu’au jour de ma mort… Quelle magnifique journée ! Habituée à me charger du ménage, des papiers et à me faire trimer pour la faire vivre, ma famille se retrouva soudain dans le dénuement le plus complet. Il leur fallut se mettre au travail à leur tour… et ils ne savaient rien faire, ni les uns , ni les autres. Je restai là à les regarder. Jamais je n’avais été si heureux ! Puis, je me rendis compte d’une chose encore plus merveilleuse : je pouvais faire tomber des objets, murmurer à l’oreille de mon épouse et de ma progéniture. Et le plus beau, c’est qu’ils étaient terrifiés, eux qui ne m’avaient jamais craint de mon vivant ! C’est ainsi que j’entrai dans ma nouvelle vie, celle de fantôme attitré de la maison. Je les hanterai jusqu’à leur propre mort !

Cache cache

Posté : 14 avril, 2016 @ 10:25 dans texte court | Pas de commentaires »

« A trois j’arrive ! » Sa voix est toute proche. Il a déjà commencé à me chercher ce sale tricheur ! Je suis en boule sous le lit… pas très original, mais c’est tout ce que j’ai trouvé en soi peu de temps. J’entends ses pas dans le couloir. « Alors, où donc es-tu ? Dans la chambre du bout ? Oui, sans doute…. les autres sont fermées ! » Il est sur le palier. Je vois ses pieds. Il porte de grosses chaussures de sécurité. Elles sont toutes crottées et font de grosses traces de boue sur la moquette.
Il se dirige vers l’armoire, à gauche du lit. Doucement il ouvre la porte. Je l’entends farfouiller dans la penderie. « Où es-tu mon poussin ? Pas ici, fait-il d’un ton rieur.. mais sans doute pas très loin. » Il contourne le lit, regarde sous le bureau. Il prend son temps. « Oh, pas ici non plus, fait-il faussement étonné. Il ne reste qu’une seule cachette possible alors ! »
Il se penche et regarde sous le lit. Je reçois l’éclat métallique de ses yeux bleus. Il sourit, mais ça n’a rien d’amical. « Voilà, je l’ai trouvée ! Viens par ici ! Je vais te ramener à tes parents. » Je sais bien qu’il ment. C’est un officier allemand, celui qui a emmené mes parents la veille au soir. Je croyais lui avoir échappé, mais un voisin m’a sûrement dénoncée. Je serre les dents tandis qu’il m’entraîne dans l’escalier, nous descendons vers la rue… ou vers l’enfer.

Que la nature est belle !

Posté : 8 avril, 2016 @ 10:20 dans texte court | 1 commentaire »

Je n’avais jamais remarqué avant ce jour à quel point la nature était belle… Sans doute, parce que je n’avais pas pensé à la regarder. Je découvre émerveillé, ses couleurs par la fenêtre, toutes ses nuances de verts, ses teintes pastel, ses roses poudrés, ses reflets irisés. Je vois la vie couler partout, baignée de lumière dorée. Ses arbres surtout me fascinent. Qu’ils sont grands, qu’ils sont forts… Ne dirait-on pas qu’ils vont s’arracher du sol et se mouvoir, là sur la pelouse ?
Et ses oiseaux ? Oh les oiseaux, aux plumes multicolores, aux chants mélodieux, ses oiseaux qui glissent dans le vent… J’entrouvre la vitre et je suis submergé de sensations inédites. Est-il possible que ces odeurs existent depuis toujours ? Ils me semblent que c’est la première fois que ce parfum d’herbe fraîche me chatouille les narines. Je ris de ravissement.
« Monsieur Gaspard, que faîtes-vous debout ? me demande courroucée l’infirmière de garde.  » Je ne peux m’empêcher de lui sourire. Une partie de mon esprit sait d’où me vient cet état euphorique : de la morphine, dans ma perfusion. Je me recouche sagement sourire aux lèvres. Avec ce traitement, même l’infirmière est belle !

Icare

Posté : 4 avril, 2016 @ 10:18 dans texte court | Pas de commentaires »

L’Histoire m’a calomnié… On dit que je suis mort par vanité alors qu’en réalité, c’est par amour que j’ai succombé. Mon père, le célèbre Dédale, était connu pour ses travaux en Crête. Il était l’auteur du labyrinthe du Minotaure, triste lieu où avaient péri tant de jeunes gens. Pour sauver nos vies, nous dûmes fuir l’endroit. Impossible d’emprunter le moindre bateau… Nous aurions été tout de suite repris.
Mon père a donc usé de son génie pour nous fabriquer des ailes de plumes et de cire. Un ingénieux dispositif, je dois le reconnaître. Nous prîmes notre envol ensemble. Il est vrai qu’il m’avait recommandé de ne pas approcher du soleil… mais il aurait mieux fait de m’interdire de le regarder.
J’ai levé les yeux vers l’astre brûlant et je l’ai vue… Oh qu’elle était belle cette demoiselle de feu et de flammes ! Elle étendait gracieusement ses rayons vers nous. J’y vis une invitation à la rejoindre. La voix de mon père s’éleva, tandis que je volais vers elle. Il me traitait de fou, me suppliait de redescendre. Peine perdue ! Comment aurais-je pu résister au charme de cette enivrante créature ?
Je suis montée vers elle sans me retourner. J’ai senti la cire fondre sur la peau. Mais l’histoire a menti. Je ne suis pas tombé. Je me suis consumé, enflammé par l’objet de mon amour. Désormais, je vis en elle, flamme parmi les flammes, dans la chaleur d’un amour éternel…

La goutte

Posté : 29 mars, 2016 @ 11:36 dans texte court | 2 commentaires »

Plic ! Elle frappe la vitre et glisse dessus doucement. Je fixe cette goutte dont la route est toute droite… Si seulement la mienne l’était aussi ! Ce serait tellement plus simple ! Pourquoi faut-il que nos vies comportent tant de virages, de bifurcations et d’obstacles ? Que d’énergie perdue, juste pour avancer de quelques mètres !
La goutte continue de ramper, suivie par d’autres gouttes. Elles empruntent tous le même chemin : pas de jalouses ! Moi, j’ai toujours préféré les chemin de traverse, les routes tordues, les endroits où personne d’autre n’allait. Je m’en étais même fait une marque de fabrique. On me trouvait excentrique, certains disaient même « fou ».
C’est vrai que je l’étais… mais c’était la folie de la jeunesse, celle qui mène aussi aux grands exploits. C’est ce que je voulais accomplir, un exploit. Je me suis lancé sur cette route de montagne en moto, sûr de pouvoir négocier tous les lacets à une vitesse folle. Mes amis m’attendaient en bas, chronomètre en main. Je ne les ai jamais rejoint. Je me souviens d’avoir dérapé, arraché à mon engin par la vitesse, j’avais entrevu un bout de ciel bleu tandis que mon corps volait. Puis j’étais retombé et tout était devenu noir et froid.
Je me suis réveillé privé de mes membres inférieurs… Une chance m’a-t-on dit, puisque j’aurais du mourir. Mais je n’arrive pas à voir ma chance là-dedans. Je regarde les gouttes s’écraser sur la vitre et j’envie leur liberté…

Edda la guerrière

Posté : 4 mars, 2016 @ 1:10 dans texte court | 1 commentaire »

« Guerrière, éveillez-vous ! » La voix impérieuse la tira du néant. Immédiatement, une sensation étrange la submergea. Ce corps n’était pas le sien. Elle s’assit et regarda autour d’elle. Un miroir… il lui fallait un miroir ! Elle se leva, fit quelques pas dans la petite pièce où elle se trouvait. Comme elle était légère ! Elle se souvenait de son poids, de son embonpoint, elle s’en souvenait dans sa chair. Elle en avait tant souffert !
En ouvrant la porte qui donnait sur une salle d’eau, elle trouva enfin ce qu’elle cherchait. Mais qui donc était cette étrangère, face à elle ? Elle avait des cheveux courts, gris, coupés en brosse, un corps sec, musculeux et les traits de son visage étaient tellement durs ! Elle porta ses doigts à sa joue afin de vérifier que tout cela était bien réel. Cependant, même avec la sensation du toucher, si concrète sur sa peau, elle n’arrivait pas à y croire.
Un flot d’images s’imposa à son esprit. Elle manque d’en tomber à la renverse. Elle se vit, telle qu’elle était avant, son vrai moi : une jeune femme plus que ronde, avec des joues rebondies, un sourire jovial et des yeux qui pétillaient de malice… Et surtout, elle était entourée de gens qui l’aimaient. Où étaient-ils passés ? Des larmes montèrent, tandis qu’une panique affreuse lui tordait le ventre.
« Ressaisissez-vous guerrière ! Ce ne sont que les effets secondaires du voyage. Ils vont s’estomper et votre mémoire va revenir ! A ce propos : félicitations ! Les émotions que vous avez ramenées avec vous sont de toute première qualité. C’est du bon travail ! »
D’où venait cette voix ? A qui appartenait-elle ? De quoi parlait-elle ? Elle devait sortir d’ici. Ses proches allaient s’inquiéter… Puis l’apaisement vint. Ou plutôt l’absence de sentiments. Ces gens ne lui étaient rien. Elle les connaissait à peine. Ils n’étaient que des paramètres dans sa mission. On l’avait envoyée dans cet autre monde pour récolter leurs émotions, car les émotions sont le carburant de la magie. Elle était une guerrière des âmes, capable d’emprunter le corps d’une personne située sur un autre plan astral pour parvenir à ses fins.
Comme un parasite, elle s’invitait dans la vie de son hôte, partageait son quotidien et celui des gens qu’il aimait. Puis, elle s’emparait des émotions suscitées au cours de sa mission.
L’apothéose était atteinte lors de son départ, car alors, son hôte mourrait, ce qui provoquait un déluge d’émotions autour de lui. Elle revenait à chaque fois avec une récolte généreuse, suffisante pour alimenter les mages de son propre monde. Bien sûr, cela impliquait un esprit de sacrifice. Il fallait être en mesure de supporter et de subir les sentiments qui la pénétrait lors de ses missions. Une souffrance inusitée pour ceux qui vivaient ici. Heureusement, à son retour, tout redevenait normal. Plus d’émotions d’aucune sorte, hormis celles qu’elle ramenait au conseil.
« Ne vous l’avais-je pas dit ? Tout est rentré dans l’ordre. Prête pour une nouvelle mission ?

Akajak

Posté : 21 septembre, 2015 @ 10:40 dans texte court | 1 commentaire »

serpent

Je dormais profondément, au cœur même de la terre, quand j’ai entendu sa voix. Elle me parlait de choses qui m’étaient inconnues :  le soleil, la chaleur, la lumière… l’extérieur, le monde. J’étais né et j’avais vécu ici toute ma vie, dans les entrailles de ce monde, là où tout est obscur, humide et froid. Le silence régnait en maître avant qu’elle ne vienne me déranger. J’avais tenté de la localiser, mais c’était comme si elle n’existait pas : elle ne dégageait aucune chaleur.

J’avais déroulé mes anneaux et fouillé de fond en comble ma tanière, sans jamais la trouver. Sa voix, cependant, continuait à me vanter les plaisirs que je rencontrerais au dehors. A force de persuasion, elle éveilla ma curiosité. Je me glissais lentement le long des boyaux humides de la montagne. Je remontai vers la surface et en effet, je sentais le sol se réchauffer sous mon ventre.

Des odeurs étranges me parvinrent. Je les goûtai en sortant ma langue. Comme tout cela me semblait bon ! Il y avait des senteurs de terre tiède, de végétation gorgée d’eau et de lumière et même… de bêtes sauvages ! Des bêtes à sang chaud ! Pas des chauve-souris humides, non : des animaux nourris sous les rayons du soleil !

« Ce que tu vois te plait-il ? » Encore cette voix ! Je me dressai de toute ma hauteur, mais elle demeurait imperceptible. « Ne gâche pas tes forces en efforts inutiles, dit-elle. Sens, plutôt : il y a un cerf, dans la clairière derrière les arbres… là-bas ! As-tu déjà goûté pareille chair ? » Elle avait raison. Il était proche. Je pouvais presque sentir les palpitations du cœur de l’animal. Mon appétit s’éveilla aussitôt.

Je me faufilai lentement entre les arbres.  Ma proie ne se doutait de rien. Elle mâchonnait des brins d’herbe tendre. Je m’approchai en silence, presque à la toucher et elle ne me détectait toujours pas. Puis je me détendis brusquement, la frappant mortellement avant de l’envelopper dans mes anneaux. Quelle volupté de sentir la vie s’échapper de son corps ! Ô la douce sensation de sa peau tiède contre la mienne !

Je n’avais jamais mangé aussi copieusement, ni aussi longuement. Je m’effondrai dans un état presque léthargique lorsque la voix se manifesta à nouveau. J’ouvris un œil paresseux. Une créature vaguement humaine se tenait près de moi. Sa peau avait une couleur curieuse, blafarde, presque bleue. Elle posa sa main sur ma tête et je fus incapable de réagir.

-Te voilà repu, dit-elle. Et totalement à merci… Ne t’inquiète pas, ajouta-t-elle ensuite, je n’ai pas fait tous ces efforts pour te tuer ! J’ai d’autres projets pour toi !

Sa main sur mon crâne se fit plus pesante et soudain, se mit à me brûler. Je me tortillai pour tenter de lui échapper, mais cette peste avait une force extraordinaire. Elle ne me lâcha pas. La douleur s’estompa et dans une flambée de haine, je décidai de l’attaquer. Je voulais la voir morte. Hélas, mon corps ne m’obéit pas.

-Ne gaspille pas ton énergie, tu m’appartiens désormais… Mais réjouis toi : tant que tu me serviras tu ne vieilliras point. Tu auras ton lot de proies juteuses et tu circuleras librement en ce monde.

-Qui es-tu maudite femelle ? lui sifflai-je furieux.

-Je me nomme Tiamat… et pour toi, ce sera « maîtresse », ne l’oublie jamais !

Elle disparut dans une gerbe d’eau, me laissant seul avec ma colère et ma pseudo liberté, bien chèrement payée, puisqu’elle faisait de moi son esclave jusqu’à la fin des temps…

Pères et fils

Posté : 13 août, 2015 @ 7:54 dans texte court | 2 commentaires »

mn106b.jpg Pierre avait un mal fou à se concentrer sur la route. Sur la banquette arrière, son petit visage crispé de douleur, Delphine haletait en tenant son ventre à deux mains.
-Ne t’en fais pas ma chérie, lui dit son mari. Nous sommes presque arrivés… Regarde… ça y est ! Nous y sommes ! Voilà la clinique.
Delphine soupira. Non pas de soulagement, mais d’appréhension. Car ce que Pierre ignorait, c’est qu’il ne serait pas seul à la clinique : son père serait présent lui aussi. Cela faisait quinze ans qu’ils ne se parlaient plus… Il était temps que cela cesse ! C’est du moins ce qu’elle s’était dit en appelant son beau-père dès que le premières contractions l’avaient saisie. Elle l’avait supplié de venir et il avait fini par accepter.
Pierre considéra d’un air renfrogné l’homme assis en face de lui. Son père… Qu’est-ce que Delphine pouvait bien avoir en tête en l’appelant ? Espérait-elle son soutien, à lui qui avait été incapable d’assumer sa propre famille ? Quant à lui, croyait-il qu’il suffisait de revenir pour que le passé s’efface ? Il se leva et se mit à faire les cent pas.
-Tu es nerveux ? demanda son père.
-Qu’est-ce que ça peut te faire ? Ce serait bien la première fois que tu te soucierais de moi…
-Tu te trompes, j’ai toujours veillé à ton bien être…
-Même quand tu n’étais pas là ? lança Pierre ironique.
-Surtout quand je n’étais pas là ! rétorqua son père. Ecoute, je n’ai jamais compris pourquoi tu m’en voulais autant…
-C’est vrai ! le coupa sèchement le jeune homme. Tu n’as jamais rien compris ! Et tu n’étais jamais là ! Ni à mon mariage, ni même à l’enterrement de ma mère !
Il s’arrêta brusquement. Des larmes roulaient sur les joues de son père. Il remarquait maintenant à quel point il avait vieilli. L’espace d’un instant, il éprouva même de la peine pour lui… Puis il se souvint de son enfance passée à quêter l’amour d’un père indifférent. Son visage se durcit. Qu’il aille au diable !
-Monsieur Desnes ? fit une voix derrière lui.
Il se retourna. Une jeune infirmière le regardait en souriant.
-Votre épouse vous attend monsieur… dit-elle en le précédant dans le couloir.
Pierre se précipita dans la chambre sans plus se préoccuper de son père qui lui avait emboîté le pas. Delphine, épuisée mais rayonnante, était assise sur le lit. Elle serrait leur fils endormi contre sa poitrine. Sans un mot, elle le tendit à son époux qui le reçut avec émotion. Il ne savait trop comment le tenir sans lui faire de mal. Il leva les yeux vers la jeune femme pour lui demander conseil et fut surpris de lire de la tristesse sur ses traits. Son attention n’était plus dirigé vers lui mais vers son père. Le vieil homme semblait bouleversé, mais n’osait pas s’approcher.
La rancune et la compassion se combattirent dans le coeur de Pierre. Au bout d’un moment cependant, il posa l’enfant dans les bras de son grand-père :
-Tiens papa, dit-il d’une voix enrouée, je te présente ton petit-fils.
Et tandis que ces trois générations d’hommes faisaient connaissance, Delphine se laissa glisser dans le sommeil…

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