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Archive pour la catégorie 'texte court'

Mon coin de paradis

Posté : 2 juillet, 2015 @ 7:30 dans texte court | 11 commentaires »

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Voici ma deuxième participation aux apéros cosmiques d’Aileza :

 

Mon petit coin de paradis se trouve dans un petit creux doux et chaud… le creux de tes bras quand ils se referment sur moi et que nous nous endormons ensemble. Mon petit coin de paradis, c’est ton souffle sur ma nuque, tes lèvres sur ma peau, ta voix à mon oreille. C’est là où tu es, là où je suis bien. Je m’y sens en sécurité, je m’y enivre de ton odeur. Je me love en boule contre ton corps, je me fait chatte, je ronronne.

Mon petit coin de paradis, ce sont nos discussions à propos de tout et de rien, c’est nos silences aussi qui n’ont pas peur d’exister. Pour communiquer, nous n’avons pas toujours besoin de parler. Nous sommes sur la même longueur d’ondes, le canal des anges. Nous nous captons mutuellement au moindre regard. Pas obligés d’être d’accord pour être raccord ! L’essentiel c’est de ne taire que ce qui n’est pas important et de s’autoriser à parler du reste sans tabou.

Mon petit coin de paradis, c’est la confiance absolue que j’ai en toi. Je te suivrais les yeux fermés, mais plus encore, quand tu marches sans moi, la confiance est toujours là. Je ne suis pas inquiète. Avec ou sans moi, tu marches droit.

Mon petit coin de paradis c’est toi mon chéri, c’est nous, c’est l’amour qui nous unit et la vie que nous construisons chaque jour pas à pas.

Dans l’abysse

Posté : 1 juillet, 2015 @ 5:50 dans texte court | 4 commentaires »

mnsport004.jpg Cet été là , je me suis découvert une nouvelle passion. Un cousin plus âgé m’avait appris à  plonger. Il l’avait fait par dépit, pour m’occuper et avoir la paix pendant qu’il jouait avec ses copains. Un apprentissage sommaire… mais qu’importe ! Je débordais de joie. C’était un univers tout neuf qui m’était offert. Je m’adonnais avec plaisir à ce sport fantastique. Le soir venu, je m’endormais épuisé mais heureux, la tête emplie des merveilles rencontrées dans la journée. Le matin, j’étais le premier levé. Je prenais mon petit déjeuner en vitesse et sous l’oeil médusé de mon père, je filais sous la douche. Il ne m’avait jamais vu si enthousiaste !
Ce jour là , je me suis précipité sur la pointe sud de l’île. J’affectionnais cet endroit parce qu’il était particulièrement paisible, les touristes lui préférant l’autre côté de l’île, celui où il y avait des plages aménagées. Je me suis dévêtu, j’ai plongé et j’ai commencé à nager entre les rochers. Là, à  un mètre de moi à  peine, il y avait une crevasse. Je ne l’aurais pas vue, si un rai de lumière, venu de la surface , ne me l’avait soudain révélée. Il fallait que je sache ce qui s’y cachait, que je l’explore. Sans hésiter, je suis descendu vers elle. Sans crainte ni appréhension, je me suis faufilé dans la faille.
Je pensais que l’obscurité m’obligerait à  tâtonner, mais il n’en était rien. Une sorte de phosphorescence faisait briller toutes les plantes sous-marines. Des couleurs insoupçonnables faisaient chatoyer la roche. Une méduse au corps strié d’éclairs électriques passa près de moi, suivie d’un ban de poissons jaunes et bleus qui luisaient. Chaque créature semblait posséder sa propre source de lumière et toutes rivalisaient de beauté et de teintes éclatantes. J’étais là depuis longtemps, il me semble, quand j’ai réalisé que j’évoluais sans éprouver le moindre manque d’air, sans faire d’effort. A croire que des branchies m’étaient poussées ! Puis brusquement, l’obscurité m’a envahi…
Je me suis réveillé dans un drôle d’état. Mes oreilles bourdonnaient. Je me sentais terriblement fatigué. La vue un peu trouble, je tournai lentement la tête sur le côté. Mon père était là. Il bondit littéralement de sa chaise en constatant que j’avais les yeux ouverts. Je fus stupéfait de sentir ses larmes couler sur mon visage. C’était bien la première fois que je voyais mon père pleurer ! Tout en me serrant dans ses bras, il se mit à gronder d’un ton qui m’était familier : « P’tit con va ! Qu’est-ce qui t’as pris d’aller plonger là-bas ? T’as pas vu les rochers ou quoi ? Quand ils t’ont ramené à terre, du sang plein la tête, j’ai bien cru que tu t’étais éclaté le crâne sur un caillou et que tu étais mort !… »
Je l’écoute râler, mais je ne pense déjà plus qu’à une seule chose : la crevasse existe-t-elle vraiment ou n’est-elle que le fruit de mon imagination ? Je soupire. Dès que je serai rétabli, j’irai voir ça de mes propres yeux…

Le trésor de Nim

Posté : 21 juin, 2015 @ 6:26 dans texte court | 1 commentaire »

argent60.gif La vieille Nim jeta un regard rancunier au soleil qui inondait sa maison. De manière générale, elle détestait tout ce qui entrait chez elle sans y être invité. A vrai dire, c’est la raison pour laquelle elle vivait seule, bien qu’elle ait eu une famille autrefois… Ce souvenir la fit grimacer. Son mari n’était qu’un bon à rien, un gagne petit. et pétri de bons sentiments avec ça ! Nim le soupçonnait d’avoir donné à maintes reprises, à des voisins plus démunis, une part de la pitance destinée à ses propres enfants. Il voulait toujours tout partager avec les autres, une manie terrible qui mettait Nim hors d’elle. Il s’était éteint l’an passé et elle préférait son souvenir à sa présence. Quant à ses enfants, la chair de sa chair, elle avait dû les pousser elle même hors du nid familial tant ils étaient enclins à la paresse. Elle se demandait d’ailleurs si elle n’était pas allée trop loin : aucun d’eux n’étaient jamais revenu la voir. Mais elle préférait croire qu’ils étaient tout simplement trop ingrats comme tant de jeunes… De toute façon, elle était mieux sans eux. Cela faisait trois bouches de moins à nourrir.
A présent, en dépit de ses voisins qui la jalousaient et qui tournaient sans cesse autour de chez elle, en se tordant le cou pour tenter de savoir où elle cachait son trésor, elle était heureuse. Car Nim avait un trésor qu’elle chérissait plus que tout au monde, dormant contre lui, le caressant, lui parlant même… Un trésor qu’elle se plaisait à enrichir chaque jour de sa vie, au détriment de sa santé d’ailleurs, puisqu’elle en oubliait parfois de s’alimenter. Elle ne se lassait pas de le regarder, ni de le toucher. Son bonheur eût été complet si l’idée de sa mort ne l’avait obsédée. Non qu’elle eût peur de mourir, loin de là. Seulement, elle songeait avec tristesse que son trésor alors serait éparpillé parmi ses héritiers. Tout ce qu’elle aurait bâti au cours de son existence, cet amas de choses précieuses, serait alors réduit en miettes.
Nim secoua la tête pour ne plus y penser. Il ne lui restait qu’à espérer qu’elle vivrait encore de nombreuses années. Elle se leva et déployant ses ailes, Nim la pie prit son envol en quête d’un nouvel objet brillant à ajouter à son butin.

Chez moi

Posté : 19 juin, 2015 @ 6:11 dans texte court | 8 commentaires »

tnplagesablemer.jpg  »On disait qu’elle avait été créée par le ciel pour complaire à la mer. » « On », c’était mon père. Veuf, avec un enfant à élever, sa vie aurait été plus facile s’il avait rejoint le continents et ses grandes villes, mais rien à faire… il aimait trop son île pour songer à s’en éloigner. Il avait toujours vécu là, comme son père et son grand-père avant lui. Il y était enraciné. Nous vivions dans une relative pauvreté… La pêche nous rapportant juste de quoi vivre, mais cela ne nous empêchait pas d’être heureux. Ces instants que nous passions ensemble sur cette île : notre « chez nous », n’avaient pas de prix. Le temps s’écoula. Je grandissais et en adolescent égoïste, j’ignorais que mon père, lui, s’étiolait. Sa mort me prit par surprise. J’avais dix-sept ans. Je ne savais pas quoi faire; j’ai pris la fuite. J’en profitai pour visiter le monde, faire des expériences… vivre ma vie. Pas une seule fois je n’ai jeté un regard en arrière au cours de ces années là. J’étais concentré sur le présent, uniquement attentif à ce que je vivais dans l’instant. Jusqu’au jour où un vide étrange s’est fait en moi… J’ai senti alors qu’elle m’appelait et je suis retourné vers elle. Les retrouvailles furent intenses, je pris la résolution de ne plus la quitter.
Entièrement bordée de plages, comme un liseré d’or sauf au nord où une falaise surplombe l’océan, hérissée d’arbres tropicaux, de palmiers, avec sa rivière glougloutante qui la traverse de part en part, ses rochers blancs perdus dans les hautes herbes, c’est un morceau de paradis échu sur terre… enfin sur mer. Comme mon père avant moi, j’en suis tombé amoureux. Quand je suis près d’elle, mon coeur s’emballe, la chaleur m’envahit. J’en ai même les jambes qui flageolent. Sa beauté me bouleverse, son odeur m’affole, la toucher me met en transe. Plus attaché à elle qu’à aucune femme au monde, je n’envisage pas de m’en détourner : pourquoi le ferais-je ? Elle abrite mon esprit, mon âme en permanence.
Un battement de paupières suffit à m’y ramener instantanément. Les senteurs, les sons, le souffle du vent sur ma peau, le paysage… tout y est. Mais ça ne dure jamais très longtemps, les odeurs d’ici bousculent l’alizé, emportent l’arôme des fleurs tropicales… L’éther et l’eau de javel pénètrent mes narines, les imprègnent et me ramènent à la réalité. L’hôpital, sa blancheur immaculée, sa monotonie : le ballet incessant des médecins, infirmières et filles de salle qui se croisent dans les couloirs… mon petit bout de fenêtre, ma seule vue sur le monde extérieur. Le cancer, terrifiant dans sa banalité. Je suis en phase terminale. Dieu seul sait pourquoi ils s’acharnent à me maintenir en vie ! De toute façon ça m’est égal : je ne reverrai jamais mon île.

Ce qui coule dans mes veines

Posté : 16 juin, 2015 @ 11:32 dans texte court | 11 commentaires »

Voici ma participation à l’apéro cosmique d’Aileza…

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Ils me regardent de travers. Ils me trouvent étrange, dérangeante. Ils se demandent d’où je viens, qui je suis… Je  leur ressemble un peu, mais la ressemblance n’est que physique. Certes, je me tiens sur deux jambes, tout comme eux, j’ai figure humaine, je mange et je parle, mais ça s’arrête là. Mes préoccupations ne sont pas les leurs. Je n’ai que faire de leur misérable quotidien : la famille, le travail et les fêtes de village. Je ne prends part à rien de tout ça. Non pas que je sois inactive, loin de là, mais mes activités sont à mille lieues des leurs.

Un feu ardent coule dans mes veines. Jour et nuit, il me dévore. Maître exigeant, il a pris les rênes de ma vie. Je ne vis que pour lui, je le sers, j’existe par lui. Même si je le désirais, je ne pourrais m’en défaire. Il a envahi chaque parcelle de mon être. Il m’habite, attendant l’instant propice pour se manifester en moi… Cet instant est imminent.

Le village est en effervescence, c’est jour de mariage aujourd’hui. Je ne suis pas invitée. Je ne le suis jamais. Je vois la colère et l’indignation sur leurs visages. S’ils l’osaient, ils me chasseraient. Mais soudain, une créature plus effrayante que moi attire leur attention. C’est un immense dragon qui arrive à tire d’ailes, alléché par les odeurs de viandes du banquet. S’il se pose, il ne fera pas de différence entre la viande animale et la viande humaine. Une chance pour eux que je sois parmi eux.

Je laisse mon sang parler, le pouvoir dans mes artères est libéré et par la seule force de ma volonté, le dragon est repoussé. Je suis une sorcière, un mage et ce qui coule dans mes veines, c’est le verbe, la puissance de la magie qui me rend si différente.

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Posté : 15 juin, 2015 @ 7:20 dans texte court | 4 commentaires »

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Dès qu’il l’avait vue, la toute première fois où leurs regards s’étaient croisés, il avait su qu’il l’aimait. C’était le genre de sentiment qui ne s’explique pas : elle n’était pas particulièrement belle et même si dans le fond c’était une personne plutôt gentille, on ne pouvait pas dire qu’elle était un ange de douceur… mais voilà, elle seule faisait frémir son coeur. Quand il l’avait rencontrée, il traversait une mauvaise passe. On l’avait fichu à la porte de chez lui et il s’était retrouvé seul, à moitié mort de faim, battant le pavé sous une pluie hivernale. Sans le connaître, elle lui avait ouvert sa porte, l’avait nourri, avait pris soin de lui. Elle l’avait même autorisé à dormir sur le lit, à l’étage.
Très vite, il s’était attaché à elle. Il la suivait partout, l’observait à longueur de journée. Seigneur ce qu’il pouvait aimer cette femme ! Il aurait voulu pouvoir le lui dire, lui déclarer sa flamme, lui montrer la force de ses sentiments. Il aurait tant voulu qu’elle sache que non seulement, elle ne lui était pas indifférente, mais qu’en plus de cela, il ne vivait que pour elle ! Il aurait aimé mettre des mots sur tout ce qu’il éprouvait pour elle : cette joie quand il la regardait, ce bonheur d’être auprès d’elle chaque jour et surtout, cet amour inconditionnel qui l’inondait chaque fois que sa main le frôlait. Mais comment faire une telle déclaration quand toute parole vous est interdite ? Il ne pouvait que se blottir contre elle en ronronnant, comme le font tous les chats.

La mouche

Posté : 5 juin, 2015 @ 9:19 dans texte court | 4 commentaires »

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Je suis une mouche, mal aimée, décriée et pourtant, comme l’hirondelle, je reviens au printemps !

Je bourdonne : on me montre du doigt, tandis qu’on applaudit l’abeille…

Je me nourris de vos déchets et là encore, on m’en fait reproche, pourtant, pour les mêmes raisons, on juge les vers utiles !

Mes enfants, qui comme les autres enfants, sont dodus mais vulnérables, subissent l’opprobre général.

On nous maltraite, on nous houspille, on nous tue… Quelle injustice !

N’avons-nous pas le droit comme vous autres, humains destructeurs, de vivre et de proliférer ?

Pourquoi tant de haine ?

Ah… je sais !

Vous nous craignez !

Ne riez pas, c’est pure vérité : nous nous nourrissons aussi de vos dépouilles.

Le dernier baiser que vous recevrez, au fond de votre tombe, sera celui, glacé, de notre progéniture affamée !

 

Un ciel de fin du monde

Posté : 2 juin, 2015 @ 9:37 dans texte court | 2 commentaires »

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Je regarde l’horizon et je suis déçue. Alors ça ressemble à ça un ciel de fin du monde ? C’est bleu et gris, semé de nuages, ça ressemble à un ciel de tous les jours… Le soleil ne s’embrase même pas. Il reste là comme un œil avide de contempler le monde. Je m’attendais à des flammes, de brusques aurores boréales qui auraient embrasé tout soudain les cieux… Ou bien, à une éclipse : la lumière qui tout à coup disparaît plongeant tout dans l’obscurité, juste avant que le silence ne se mette à régner.  A quoi bon l’apocalypse si ce n’est pas dans le bruit et la fureur ? Où sont les foules paniquées qui devraient courir dans les rues ? Pourquoi les oiseaux continuent-ils de chanter ?

Un vent doux me caresse le visage. Il est chargé des senteurs du printemps… Un printemps avorté qui ne tiendra aucune de ses promesses. Les boutons de fleurs et les germinations se donnent du mal en vain. Ils seront fauchés comme le reste. Le ciel immuable se refuse à changer de couleur. Je le voudrais rouge sang, rouge feu, rouge colère. Mais le traître bleuit, moutonne légèrement, se pare de tons pastels. J’attends la fin, plantée là à ma fenêtre. J’y crois. Je sais qu’elle arrive, même si les gens d’ici, infirmières et médecins, prétendent que cette fin du monde n’existe que dans ma tête. Quand le ciel se transformera enfin, moi seule serai prête…

Le grimpeur unijambiste

Posté : 31 mai, 2015 @ 7:00 dans texte court | 1 commentaire »

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De la grande route de pierre à la plaine herbeuse, en passant par la vallée des terres arides, « le Grand Mur » qui marquait la frontière du pays était réputé être infranchissable. Les grimpeurs les plus expérimentés s’y étaient essayés et tous avaient dû renoncer. Jusqu’au jour où Petit Gris l’unijambiste voulut tenter sa chance aussi. Tout le monde le connaissait dans le bas pays. C’était un type silencieux, plutôt lent et pas agressif pour deux sous. En tout cas, de l’avis général, pas assez agressif pour passer « le Grand Mur »… Il partit un matin avec tout son équipement sur le dos et se posta au pied du mur. Levant les yeux, il chercha à apercevoir le sommet. Mais d’ici, on voyait tout juste l’éclat métallique de la Longue Rampe qui d’après la légende cernait le Grand Mur et annonçait le Mont Ardoise, lieu encore plus mythique s’il en est.
Il se lança bravement à l’assaut… Les premiers instants furent les plus difficiles. Les aspérités du Grand Mur, loin de faciliter sa progression l’entravaient. Bientôt, son corps devint luisant sous l’effort. Il trainait péniblement son unique pied derrière lui, se sentant à tout moment tiré vers le bas par le poids qu’il portait sur le dos. La lumière du soleil l’aveuglait, d’autant que la Grande Rampe, là-haut, brillait de mille feux. Pourtant, Petit Gris ne se découragea pas. Il poursuivit son ascension avec opiniâtreté, le regard rivé au sommet. Il irait jusqu’au bout, quelle que soit sa fatigue ! Non, il ne baisserait pas les bras et serait le premier à voir ce qu’il y avait après le Grand Mur et au-delà même du Mont Ardoise.

Puisant un courage nouveau à cette pensée, il accéléra. Il lui fallut plus d’une heure pour atteindre la caverne aux reflets. Un endroit étrange qui se situait à mi-hauteur du Grand Mur. C’était une cavité parfaitement rectiligne qui devait son nom à la matière dont son fond était composé. A cette heure de la journée, elle reflétait les rayons du soleil avec tant d’intensité, qu’il était impossible de tourner les yeux vers elle. Mais Petit Gris avait entendu dire que s’y on s’avançait suffisamment dans la caverne, on pouvait voir à travers le fond, le monde merveilleux de l’intérieur du Grand Mur. Là, disait-on, vivait un peuple de créatures gigantesques, dont la voix roulait comme le tonnerre. Ce n’était qu’un conte bien entendu. Néanmoins, Petit Gris épuisé, se traîna vers les profondeurs de la grotte. Il voulait voir par lui-même et peut-être qu’un jour, le récit de son aventure entrerait lui aussi dans la légende…
C’est là que je le trouvai, sur le bord de ma fenêtre, collé à la vitre. Ce n’était rien qu’un banal escargot, pourtant j’éprouvai une vague admiration en songeant à la distance qu’il avait parcourue. Un véritable exploit à son échelle ! Je le saisis par la coquille. Il agita mollement les antennes, se tortilla un peu, puis se mit à l’abri. Enfin, après avoir considéré la vilaine trainée laissée par son passage, je le jetai sans pitié à travers le jardin. La coquille tournoya et atterrit dans l’herbe.
Quelque part dans la plaine herbeuse, Petit Gris redressa la tête. Soit, il n’avait pas atteint le Mont Ardoise… à vrai dire il était même assez loin de la Longue Rampe. Mais ce n’était pas grave, il avait regardé de l’autre côté de la caverne aux reflets, puis il avait rencontré un géant… mais ce n’était pas fini, il avait bien l’intention de recommencer… demain.

A l’ombre de l’arbre

Posté : 30 mai, 2015 @ 10:26 dans texte court | 2 commentaires »

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Je n’aime pas notre nouvelle maison, surtout la nuit.Ca grince, ça craque, ça claque… des souris courent dans le grenier, des branches grattent les murs. Il y a un arbre immense dans la cour… Lui non plus, je ne l’aime pas. Le jour, il est beau, verdoyant. C’est un arbre normal. Il fait ce que font les arbres : ses racines plongent loin dans la terre et ses feuilles s’agitent dans le vent. Mais la nuit… la nuit, il parle. Il a une voix bizarre qui me fait peur. Quand il fait noir et que la lune a disparu, il m’appelle : »Nicolas, Nicolas, approche toi de la fenêtre. Viens mon garçon ! Viens près de moi ! Je suis si seul, l’air est si froid ! » Après il y a des sanglots et des cris, des chuchotements. Puis viennent les crissements, comme des griffes sous la fenêtre qui glisseraient doucement. Parfois la vitre se soulève un peu, juste assez pour laisser entrer les odeurs du dehors.
J’ai peur. Je me dis que ça pourrait venir dans ma chambre, je ne sais pas… Alors je garde les yeux ouverts, fixés sur la fenêtre tout en tendant l’oreille à tous ces bruits qui me terrifient. Je n’arrive plus à dormir. Mes parents sont inquiets, ils pensent que je suis malade. Ils m’ont emmené voir un docteur. Enfin, c’est pas un vrai docteur, juste un docteur pour la tête. Il veut que je lui parle de moi, de ma famille, de mon école, de mes copains… Des fois, il me donne du papier et des crayons pour que je dessine. Il paraît qu’il y a des « signes » cachés dans mes dessins. Il est gentil, mais je n’ose pas lui parler de l’arbre. Mon copain Maxime m’a prévenu. Les docteurs pour la tête, quand tu leur dis certaines choses, ils te prennent à ta famille et ils t’envoient chez les fous. Je veux rester avec Papa et Maman, alors je ne dis rien.
Hier soir, la fenêtre s’est encore soulevée. L’espace d’une seconde, j’ai cru voir le bout d’une branche qui la maintenait ouverte, puis la vitre est retombée sans faire de bruit. Je suis resté longtemps les yeux écarquillés, tout raide dans mon lit. J’avais envie d’appeler mes parents, mais ma bouche ne voulait pas s’ouvrir, comme si mes lèvres étaient collées. J’ai tourné un peu la tête pour regarder les aiguilles sur le réveil que mamie m’a offert à mon anniversaire. Il était 10h10. L’arbre s’est remis à m’appeler. Ensuite, il a commencé à crier. Il criait si fort que je me suis demandé pourquoi ça ne réveillait pas mes parents. Ses branches frappaient furieusement le mur. Sa voix résonnait à mes oreilles, chargée de colère et de haine. La fenêtre s’est ouverte brusquement. Une grosse branche est entrée. Elle était tellement énorme que la vitre a volé en éclats. Je n’arrivais pas à bouger.
C’était horrible de la regarder avancer sur le sol à la manière d’un gros insecte. L’arbre et toute sa ramure était appuyé, pressé derrière la fenêtre. J’avais l’impression qu’il m’épiait. Déjà, ses rameaux atteignaient le bord de mon lit, rampant lentement sur la couette. Je les sentais courir sur mes jambes, me toucher, me palper. Soudain, il y a eu un bruit assourdissant. L’arbre a été secoué tout entier. Ses branches se sont agitées dans tous les sens. Je l’ai entendu hurler. Les hurlements se sont transformés en gargouillis et l’arbre a basculé en arrière. Les branches ont été tirées si fort vers l’extérieur qu’elles ont emporté l’encadrement de la fenêtre. Des pas précipités ont traversé le couloir, la porte de ma chambre s’est ouverte brutalement. C’était papa. Il est devenu tout blanc en voyant le trou dans le mur et les morceaux de verre partout dans la chambre. Maman était juste derrière lui, elle regardait par dessus son épaule. Tout à coup, elle a éclaté en sanglots et elle est venue me serrer dans ses bras, très fort.
J’ai fini la nuit dans leur lit, entre eux deux. Et pour la première fois depuis qu’on a emménagé, je me suis endormi profondément. Le lendemain, on a retrouvé l’arbre couché sur le sol. Sans raison apparente car il n’y avait eu aucune tempête. Ses racines avaient été arrachées de la terre. Mais le plus curieux, ce n’était pas la mort subite de ce grand arbre. Quand il se pencha sur le trou laissé dans la cour, mon père poussa un cri d’horreur : rangés comme des oeufs dans une boîte, de petits crânes blancs et lisses s’alignaient sagement. Mes parents se tournèrent tous deux vers moi. La peur habitait leur regard… pas le mien. La voix de l’arbre s’était enfin tue, c’en était fini de mes nuits blanches !

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