Nouvelles en vrac

Nouvelles, contes et autres textes courts…

Archive pour la catégorie 'texte court'

Freeze

Posté : 24 novembre, 2014 @ 3:12 dans texte court | 1 commentaire »

Freeze était le compagnon de mon enfance. C’était un garçon taciturne, plutôt réservé qui portait toute l’année un gros bonnet de laine et d’épaisses mitaines. Je ne savais pas trop pourquoi il était mon ami, mais comme j’étais le vilain petit canard de ma classe, je m’estimais heureux de sa présence à mes côtés.

Nous ne nous quittions jamais. Nous partagions nos joies et nos peines… surtout les miennes d’ailleurs. Maigrichon et timide comme je l’étais, j’étais la cible préférée des petits caïds de l’école qui ne perdaient pas une occasion de me persécuter. Heureusement Freeze était là…

Il ne prenait pas ma défense, mais il riait au nez de mes tortionnaires et leur faisait mille grimaces. Le souci, c’était que j’étais le seul à le voir. Enfin, cela devint un souci lorsque j’en parlai à ma mère. Elle m’emmena consulter notre médecin… puis des spécialistes et alors commencèrent pour moi de longues années de traitements et de thérapies.

Bien sûr, ils réussirent à me faire oublier Freeze… un certain temps. Mais il y a quelques jours, il a fait son retour. Je suis adulte maintenant et ce n’est donc pas à moi qu’il a offert son amitié. Je l’ai aperçu encore hier, marchant les mains dans les poches, derrière mon petit garçon qui s’en allait à l’école.

freeze

L’enfant muette

Posté : 20 novembre, 2014 @ 10:22 dans texte court | 2 commentaires »

Elle qui d’ordinaire est si volubile, ce matin ne parle pas. Elle se tient à l’écart des autres enfants, le regard fixé obstinément sur le mur pour éviter de voir les autres et d’avoir à leur parler. Je ne comprends pas. Je veux savoir ce qui lui arrive. Alors je m’approche et je l’aborde avec douceur… mais elle ne répond pas. Pour ne pas la brusquer, je décide de la laisser tranquille. Quand elle sera prête, elle viendra d’elle-même. Il suffit d’attendre.

J’attends longtemps. Ce n’est qu’à la fin de la journée, quand ses camarades sont tous sortis de la classe qu’elle s’avance vers moi et qu’elle me dit d’une petite voix triste, mais curieusement ferme : « Tu sais, hier soir, ma maman a eu un accident sur la route et elle est morte. »

fille assise

Goth Julie

Posté : 14 novembre, 2014 @ 10:28 dans texte court | Pas de commentaires »

gothique

Quelle vie ! Je vais de psy en psy, comme si l’école n’était pas déjà suffisante pour me faire perdre mon temps. C’est une idée de ma mère. Elle trouve que je suis dérangée… enfin, le terme qu’elle utilise c’est « perturbée », c’est beaucoup plus classe pour dire que je suis folle. Si elle pouvait entendre les psy, elle déchanterait : parce que d’après eux, tous mes problèmes mentaux viendraient de ma petite enfance et donc, ce serait la faute de mes parents !

Pour ne pas trop m’ennuyer, je force la note. Je me fais encore plus « perturbée » que je ne le suis. Les adultes sont si bêtes ! Ils gobent tout. Je crois qu’ils ont peur que je sombre dans la violence. Tout ça à cause de mon look ! J’aime le noir, le style gothique… est-ce que ça fait de moi une psychopathe en puissance ou une adepte de Satan ? La seule qui n’est pas tombée dans la psychose c’est ma grand-mère. Tu parles, elle a déjà connu ça avec ma mère, quand elle était dans sa période « punk ». C’est curieux que la principale intéressée ne s’en souvienne plus.

Elle rigole bien d’ailleurs Mamie….  Je la venge de toutes les crasses que ma mère ado a pu lui faire. C’est pour ça qu’elle ne me dénonce pas. Pour la remercier, je ne dis rien non plus quand elle fait semblant d’être gâteuse. Et quand ma mère soupire « qu’est-ce que je vais faire de vous ? » , nous nous sourions, complices.

Laisse-moi m’en aller

Posté : 4 novembre, 2014 @ 2:28 dans texte court | 3 commentaires »

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Je sais que tu m’aimes fort, très fort et que tu ne veux pas me quitter. Si je pouvais, je resterais près de toi, crois-moi. Hélas, aujourd’hui, regarde dans quel état je suis : cloué dans un lit d’hôpital, je ne peux ni bouger, ni parler. Si tu ne m’avais pas sous les yeux, tu ne saurais même pas que je suis là. Tu viens me parler chaque jour et me faire la lecture car tu crains que je ne m’ennuie… tu n’as pas tort du reste, mais ce qui m’ennuie le plus, c’est de te voir mettre ta vie entre parenthèses pour prolonger la mienne qui ne sert plus à rien.

Penses-tu que je me réjouisse de ta peine ? Penses-tu que je veux être étendu là pour toujours, alimenté par une sonde ?  Souviens toi de ce que j’étais, de cet homme sportif, plein de joie de vivre. Dis-toi que cet homme-là est mort. Il ne reviendra plus jamais. Comme toi je le pleure et comme toi, contempler sa déchéance est un calvaire. Je t’en supplie : laisse-moi m’en aller. Ne me raccroche pas à cet existence sans saveur et sans plaisir. Il suffit de peu de choses pour ça, une piqûre, rapide, indolore et tu reprendras le chemin des vivants tandis que moi, je ne serai plus coincé entre deux mondes…

Tout de noir vêtus…

Posté : 31 octobre, 2014 @ 9:00 dans texte court | 3 commentaires »

Tout de noir vêtus, ils déboulent sur la plaine, bande macabre attirée par la mort… Un corps encore chaud justement gît au creux de la terre. Très vite, ils l’entourent. Celui-ci n’aura pas le droit à une digne sépulture. Il va disparaître entre leurs mains expertes. Car c’est leur spécialité : démantibuler les cadavres.

Ils commencent par s’assurer que le mort est bien mort… si ça n’avait pas été le cas, ils ne se seraient pas fait de scrupules pour l’achever. Chacun y va de ses pincements ou de ses petits coups. C’est comme un jeu, mais poussé à l’extrême. Soudain, le sang jaillit et les joueurs de plus en plus excités s’acharnent sur la chair.

Leur tâche répugnante, consiste à nettoyer les os, jusqu’à ce qu’ils apparaissent bien nets et bien blancs. Ils poussent alors des cris épouvantables avant de s’envoler à tire d’ailes, les corbeaux, ces fossoyeurs de la nature…homme noir

Séraphine

Posté : 29 octobre, 2014 @ 2:12 dans texte court | 2 commentaires »

Je m’appelle Séraphine.  Je te côtoie depuis ta naissance et je peux dire sans me tromper que je suis celle qui te connais le mieux au monde. Ta propre mère n’en sais pas autant que moi sur ton compte. Il faut dire que je t’accompagne partout. Je t’ai suivi dans ta scolarité et j’étais avec toi lorsque tu as fait tes premiers pas dans le monde du travail.

Rien ne m’a échappé : ni tes moments de paresse, ni tes petits arrangements avec la vérité lorsque ta petite amie te demandait où tu avais passé la soirée, ni même tes lâchetés du quotidien, quand par exemple, tu fermes les yeux pour ne pas voir le SDF en bas de la rue et surtout pour ne pas reconnaître en lui un ex camarade de classe…

Tu prends souvent des chemins de traverse, sans écouter les conseils que je te donne. Les entends-tu seulement ? Parfois tu me fais de la peine, quand tu t’acharnes sur la mauvaise voie ou que tu te laisses aller à de mauvais penchants : tabac, alcool. Oui, je verse des larmes pour toi.

Heureusement, dans le fond tu es quelqu’un de bien. Présent pour tes amis, dévoué à tes proches, il t’arrive de faire de beaux gestes. Je suis fière de chacune de tes bonnes actions, du moindre de tes progrès. Moi, Séraphine, je suis ton ange gardien et je te suis, invisible, en essayant de te maintenir dans la voie du bien…

images

Comment devient-on belle ?

Posté : 21 octobre, 2014 @ 7:51 dans texte court | 2 commentaires »

femme
Album : femme

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Comment devient-on belle ? demandait-elle sans fin à son miroir. Celui-ci, indifférent la mirait, mais ne lui répondait pas… Elle interrogea les gens, les magazines et trouva des centaines de réponses. Aucune n’était semblable. Les coiffeurs lui disaient que tout était dans le cheveu, sa longueur, sa couleur, sa structure et l’assemblage savant de mèches folles. Les maquilleuses prétendaient que c’était le teint qui faisait tout, mais aussi la manière dont on travaillerait ses yeux, sa bouche… Le dentiste, lui ne jurait que par un alignement parfait de sa dentition et une éclatante blancheur. Pour les styliste, rien ne valait la mode et le bon goût, la manière d’assortir les étoffes et les couleurs.

Ces réponses-là ne faisaient pas son affaire. Elle suivait scrupuleusement les conseils, mais ne se trouvait toujours pas belle. Selon toute vraisemblance, il lui manquait un ingrédient. Désespérée, elle passa à autre chose et décida de s’investir dans l’humanitaire. Elle avait toujours rêvé de se rendre utile. Ce n’était pas tous les jours facile, mais c’était gratifiant. Le sentiment de faire le bien, la reconnaissance de ceux qu’elle aidait, la fraternité qui l’unissait aux gens qui comme elle, donnaient de leur temps… tout cela n’avait pas de prix.

Puis elle le rencontra. Il distribuait des repas aux sans-abris. Il leur parlait, s’intéressait à eux, en un mot, il les réconfortait. Elle se présenta, travailla à ses côtés, s’émerveillant de toutes les qualités de cet homme en apparence ordinaire. Peu à peu, elle se mit à l’aimer et dans ses yeux, elle trouva enfin la réponse à sa question « Comment devient-on belle? » : dans le regard de son amoureux…

Mademoiselle

Posté : 14 octobre, 2014 @ 10:46 dans Non classé, texte court | 1 commentaire »

mademoiselle
Album : mademoiselle

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Mademoiselle a soixante-quatre ans. On dit d’elle que c’est une vieille fille, mais visiblement, elle s’en fiche. Elle est bien dans ses baskets, bien dans sa tête, sa vie lui convient. Quand on ne connait pas son âge, on lui donnerait volontiers quinze ans de moins. Elle est active, plein d’énergie et généreuse aussi. Elle donne de son temps, parfois de son argent, toujours avec le sourire.

En surface, elle parait parfaitement heureuse, mais je m’interroge. Est-ce par choix qu’elle est restée seule ? Ou bien la vie s’est-elle chargée de l’isoler ? A-t-elle jamais connu la tendresse d’un homme ? Ou n’a-t-elle jamais osé sauter le pas ? Y’a-t-il des larmes sous son sourire permanent ? S’étourdit-elle d’activités pour combler le vide et le silence de son existence ?

Je n’ose pas le lui demander. J’ai peur de lui faire de la peine. Et puis je crains aussi sa réponse, car je suis comme elle, une vieille fille juste un peu plus jeune…

De la tendresse

Posté : 13 octobre, 2014 @ 3:11 dans texte court | 1 commentaire »

coeur brisé
Album : coeur brisé

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On rêve de tendresse et on nous donne du « glamour »,

Des filles anorexiques qui se perchent sur des talons aiguilles,

En faisant la moue, les yeux trop maquillés, le visage figé.

 

On rêve de tendresse et on nous vend du sexe,

Des pratiques exotiques, des perversions improbables,

Du fétichisme, du hard, du sado-masochisme…

 

On rêve de tendresse et on nous montre de la violence,

Des gens qu’on assassine pour un oui ou pour un non,

Des innocents sacrifiés, des victimes, du sang, des crimes et des guerres.

 

On rêve de tendresse et on nous distribue de la peur,

Du chômage, la crise, l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat,

L’insécurité, les problèmes d’immigration qu’on couple aux problèmes dintégration.

 

On rêve de tendresse et on nous impose des idéologies,

De droite, de gauche, du centre et on ne sait pas où on va.

On les regarde se déchirer ces pantins en costume, prêts à s’arracher les yeux pour des bribes de pouvoir.

 

On rêve de tendresse dans ce monde si dur.

On se fourvoie parfois en voulant en donner un peu.

Et on souffre, on souffre, nos cœurs brisés par nos peines…

Le défilé

Posté : 11 octobre, 2014 @ 12:07 dans texte court | 1 commentaire »

défilé
Album : défilé
http://fr.cntv.cn/2014/07/15/ARTI1405389509277967_4.shtml
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Il y a foule. Des familles entières se pressent le long des barrières pour voir passer les militairesdans leurs plus beaux uniformes. Surplombant la scène, les personnalités politiques et les peoples s’efforcent d’afficher un air de circonstance. Plus concentré sur la persepective du dîner mondain qui suivra que sur le défilé en lui-même, ils ont bien du mal à garder cette dignité que les gens du peuple, eux, ont naturellement.

En jouant des coudes, je me dirige vers le gros de la foule, juste face à la tribune. Arrivé là, j’attends patiemment que le défilé commence. Lorsque les militaires seront là, j’appuirai sur le détonnateur dissimulé dans ma poche. Encore quelques minutes et je serai un héros. Je mourrai en martyr pour ma foi et ma patrie, emportant avec moi des centaines d’infidèles.

Il n’y a pas d’innocents parmi eux. Ce sont tous des ennemis. Oui, même les enfants, car ils sont nés en occident.

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