Nouvelles en vrac

Nouvelles, contes et autres textes courts…

Une nuit sans fin

Classé dans : Non classé — 5 avril, 2016 @ 10:40

Tu n’es pas encore partie, mais tu n’es plus vraiment là. Tu es posée dans ce lit, comme endormie… sauf que tu ne te réveilles pas ! Tes enfants sont là, autour de toi. Ils te parlent, ils te tiennent la main. Ils guettent le moindre signe, la moindre de tes réactions. Terrible espoir qui les tient suspendus à chacun de tes souffles !
Où donc es-tu ? Perdue dans un rêve sans fin ? Errant entre deux mondes ? Qu’est-ce qui te retient là-bas ? As-tu retrouvé des êtres chers, aussi chers que ceux qui attendent ton retour ici-bas ? Nul ne peut savoir et l’attente se fait torture… Tout le monde vit avec toi, une longue nuit, presque sans fin.

Icare

Classé dans : texte court — 4 avril, 2016 @ 10:18

L’Histoire m’a calomnié… On dit que je suis mort par vanité alors qu’en réalité, c’est par amour que j’ai succombé. Mon père, le célèbre Dédale, était connu pour ses travaux en Crête. Il était l’auteur du labyrinthe du Minotaure, triste lieu où avaient péri tant de jeunes gens. Pour sauver nos vies, nous dûmes fuir l’endroit. Impossible d’emprunter le moindre bateau… Nous aurions été tout de suite repris.
Mon père a donc usé de son génie pour nous fabriquer des ailes de plumes et de cire. Un ingénieux dispositif, je dois le reconnaître. Nous prîmes notre envol ensemble. Il est vrai qu’il m’avait recommandé de ne pas approcher du soleil… mais il aurait mieux fait de m’interdire de le regarder.
J’ai levé les yeux vers l’astre brûlant et je l’ai vue… Oh qu’elle était belle cette demoiselle de feu et de flammes ! Elle étendait gracieusement ses rayons vers nous. J’y vis une invitation à la rejoindre. La voix de mon père s’éleva, tandis que je volais vers elle. Il me traitait de fou, me suppliait de redescendre. Peine perdue ! Comment aurais-je pu résister au charme de cette enivrante créature ?
Je suis montée vers elle sans me retourner. J’ai senti la cire fondre sur la peau. Mais l’histoire a menti. Je ne suis pas tombé. Je me suis consumé, enflammé par l’objet de mon amour. Désormais, je vis en elle, flamme parmi les flammes, dans la chaleur d’un amour éternel…

Indésirable printemps…

Classé dans : Non classé — 2 avril, 2016 @ 9:32

Et voilà, c’est reparti ! Il y a des gazouillis dans tous les coins, des chants, des roucoulades insupportables. Et ça meugle, ça bêle, ça aboie ! La nature se fait bruyante, verte, fleurie… écoeurante. Je hais cette saison. Je suis sans cesse dérangé. Mes voisins se livrent à des débats enfiévrés sans se préoccuper de ma présence. Quel manque de pudeur !
J’ai beau me terrer profondément, je les entends. Et puis, de toute façon, je suis bien obligé de sortir pour manger et boire. D’ailleurs, j’en profite pour me venger. Pas plus tard qu’hier, j’ai dévoré tout cru un paon qui faisait la roue à deux pas de moi. Celui-là au moins, ne me cassera plus les oreilles avec ses « Léon » désespérés.
Malheureusement, je ne suis pas épargné par cet odieux printemps. Depuis ce matin, une femelle blaireau rôde sur mon territoire. Je l’ai sentie. Je sais qu’elle est là pour moi. Bien sûr, je finirai pas céder à ses avances, car je suis faible. Je lui ferai quelques petits et ceux-ci reviendront m’enquiquiner les années suivantes. Vivement l’été !

Balade bucolique

Classé dans : Non classé — 31 mars, 2016 @ 11:23

Il avait décrété que je devais l’accompagner les jours de pêche pour les servir lui et ses potes. Je n’étais bonne qu’à ça : faire le ménage, la cuisine et servir monsieur quand il claquait des doigts. Pas question de protester. La sanction était immédiate. La gifle partait avant même que je ne finisse ma phrase. J’avais donc développé des réflexes pour survivre. Je faisais le dos rond comme personne, laissant glisser les insultes et les menaces sans broncher.
Aujourd’hui, il avait décidé d’aller pêcher en montagne… Quelle idée saugrenue ! Je savais exactement comment cela allait se passer. Il voudrait se rendre dans l’endroit le plus inaccessible, pour être sûr de n’y trouver aucun autre pêcheur. Bien entendu, cela signifiait qu’il y aurait une longue et pénible marche à faire et que je serais chargée de porter tout le matériel… car il m’utilisait aussi comme une mule !
Le seul point positif, c’est que je ne voyais que son dos. Je ne supportais plus son visage. Pourtant, je l’avais aimé autrefois, avant que la bête en lui ne prenne le dessus. Mais c’était bien fini tout ça. Le temps avait fait son office et ses traits portaient toute la méchanceté qui était en lui. Quand je le regardais, je voyais le mal à l’état pur. Si jamais le diable avait une figure, je savais à quoi elle ressemblait.
Il s’arrêta. Il avait enfin choisi son endroit. Un amoncellement de rochers au-dessus d’un trou d’eau, le tout perché à une hauteur vertigineuse… J’étais certaine qu’il l’avait fait exprès car je ne supportais pas l’altitude.
Il installa son matériel sur le point le plus haut. Puis il m’appela. L’étrange douceur dans sa voix m’alerta. Quand il prenait ce ton, c’est que la correction n’était pas loin. Il aimait ça, me prendre par surprise. C’est comme ça qu’il entendait « me dresser ». Je m’approchai de lui avec la plus grande prudence, mais dès que je fus à sa portée, il me saisit par le bras et m’inclina au-dessus du gouffre.
-Regarde comme la vue est belle ! me dit-il en riant. Tu n’as pas envie de plonger prendre un bain ?
-Pitié, s’il te plait, pitié ! J’ai peur, sanglotai-je.
Mais il ne me lâcha pas. Ma terreur l’amusait. Quelque part au fond de moi, je me rendais bien compte que mes supplications ne faisaient qu’empirer les choses, mais mon esprit se refusait à fonctionner de manière raisonnée. Je me débattis, oubliant la menace des coups qui pouvaient s’abattre à tout instant. Du coin de l’œil, je vis son poing se lever.
Comment parvins-je à l’éviter ? Je l’ignore. Ce qui est certain, c’est qu’une grande force, celle du désespoir s’éveilla en moi qui me permit de me libérer. Emporté par son élan, il bascula dans le trou. Je vis son corps disloqué en bas et il me fallut quelques instants pour réaliser ce qui venait de se passer. J’aurais pu fuir, refaire ma vie, libre enfin. Le laisser crever au fond de son trou. J’ai choisi une autre option…
Comme une bonne petite épouse, je suis redescendue chercher des secours. Il était encore en vie. Il s’en est sorti… mais il est à présent paralysé, complètement à ma merci. Le plus beau, c’est que tout le monde admire mon courage, mon abnégation. S’ils savaient tous comme je savoure cette vengeance offerte par la justice divine !
A présent, j’ai retrouvé le plaisir de regarder son visage, car au fond de ses yeux brille aujourd’hui la peur qui habitait jadis les miens…

Un parfum d’adolescence

Classé dans : Non classé — 30 mars, 2016 @ 10:29

Ouch ! Que le réveil est dur ce matin ! J’ai mal partout, je me sens faible… et surtout, j’ai tout oublié de ce que j’ai fait la veille. J’ai sûrement bu. Finalement, j’ai de la chance, car la gueule de bois n’est pas au rendez-vous. Je me traîne hors de mon lit et je jette un coup d’œil par la fenêtre. Bon sang ! Où suis-je ? Je ne reconnais rien !
Tout d’un coup, je réalise que mes parents doivent aussi se poser la même question. Ils sont probablement très inquiets. J’espère qu’ils n’ont pas appelé les gendarmes ! Où sont mes vêtements ? Je regarde autour de moi. Qu’est-ce que je portais déjà ? Ah oui ! Un jean et un joli pull rose à paillettes…. Le problème, c’est que je ne les vois nulle part. Il y a juste une horrible robe à fleurs posée sur un fauteuil. Comme je ne peux quand même pas me promener toute nue, je l’enfile en faisant la grimace.
A peine l’ai-je passée qu’une inconnue ouvre la porte. Elle a à peu près mon âge.
-Salut mamie ! dit-elle. Tu es déjà réveillée ? Tu as vu comme il fait beau aujourd’hui ? On va pouvoir faire un tour au parc !
Mamie ? Je regarde la robe. Elle n’a pas tort. J’ai l’air d’une grand-mère. Pour ne pas la vexer, je ne lui dis pas que je ne sais pas qui elle est. Elle semble gentille. On a du se lier d’amitié hier…
-Très bien, lui dis-je. Excellente idée ! Est-ce que je peux téléphoner ?
-Téléphoner ? fait-elle effarée. Qui donc veux-tu appeler ?
-Mes parents… ils ne savent pas que je suis ici.
-Euh… je te laisse une seconde et je reviens ! dit-elle en s’éclipsant.
Je trouve son départ précipité un peu suspect, alors je la suis discrètement. Elle ne va pas très loin, juste dans la pièce d’à côté. C’est un bureau où est assise une femme en blouse blanche.
-Docteur, ça continue, dit ma jeune inconnue. Cette fois, elle pense que ses parents sont encore en vie !
-Ne vous affolez pas ! Je sais que c’est difficile pour vous de voir votre grand-mère perdre la mémoire, mais ici, parmi nous, elle est en parfaite sécurité.
Sa grand-mère ? Je relève la tête et j’aperçois mon reflet dans un miroir. La robe à fleurs ne me va pas si mal… Elle est en parfaite adéquation avec le visage ridé et les cheveux blancs qui sont les miens. Je comprends mieux pourquoi je me sens si fatiguée ! Je retourne dans ma chambre sans m’apitoyer sur mon sort. De toutes façons, il y a de grandes chances pour que d’ici à quelques heures, j’aie tout oublié et que je me sente adolescente de nouveau !

La goutte

Classé dans : texte court — 29 mars, 2016 @ 11:36

Plic ! Elle frappe la vitre et glisse dessus doucement. Je fixe cette goutte dont la route est toute droite… Si seulement la mienne l’était aussi ! Ce serait tellement plus simple ! Pourquoi faut-il que nos vies comportent tant de virages, de bifurcations et d’obstacles ? Que d’énergie perdue, juste pour avancer de quelques mètres !
La goutte continue de ramper, suivie par d’autres gouttes. Elles empruntent tous le même chemin : pas de jalouses ! Moi, j’ai toujours préféré les chemin de traverse, les routes tordues, les endroits où personne d’autre n’allait. Je m’en étais même fait une marque de fabrique. On me trouvait excentrique, certains disaient même « fou ».
C’est vrai que je l’étais… mais c’était la folie de la jeunesse, celle qui mène aussi aux grands exploits. C’est ce que je voulais accomplir, un exploit. Je me suis lancé sur cette route de montagne en moto, sûr de pouvoir négocier tous les lacets à une vitesse folle. Mes amis m’attendaient en bas, chronomètre en main. Je ne les ai jamais rejoint. Je me souviens d’avoir dérapé, arraché à mon engin par la vitesse, j’avais entrevu un bout de ciel bleu tandis que mon corps volait. Puis j’étais retombé et tout était devenu noir et froid.
Je me suis réveillé privé de mes membres inférieurs… Une chance m’a-t-on dit, puisque j’aurais du mourir. Mais je n’arrive pas à voir ma chance là-dedans. Je regarde les gouttes s’écraser sur la vitre et j’envie leur liberté…

Le chaman 9

Classé dans : le chaman — 25 mars, 2016 @ 11:20

J’avais bien conscience que mon maître avait raison. Il avait souvent raison… Comme le jour où il était venu me chercher, dans le garage où je travaillais. Il m’avait dit que je me trompais de voie, que je n’étais pas destiné à avoir les mains dans le cambouis. C’était vrai. Je ne me sentais pas bien dans ce que je faisais à cette époque.
Je m’étais montré bien plus sceptique lorsqu’il m’avait parlé du chamanisme. Pour moi, il s’agissait d’une pratique antique, apanage de civilisations disparues ou en passe de le devenir. Il m’avait démontré que c’était bien plus que cela… et surtout que ça me touchait de près. J’étais de ceux dont le cœur se serrait en voyant ce que mes pareils faisaient du monde. Arbres abattus, eaux, air pollués, faune et flore décimés…. tout cela au nom de l’économie !
Les hommes avaient perdu leur identité. Ils ne savaient plus qu’ils faisaient partie de cette nature qu’ils massacraient. Ils avaient besoin de guides pour le leur rappeler et pour les aider à marcher de nouveau dans le droit chemin. Ils avaient besoin des chamans. Mais hélas, les chamans eux-mêmes étaient en voie de disparition. Des consciences s’éveillaient ici et là, mais c’était insuffisant au regard des dégâts provoqués par nos sociétés. C’est pourquoi les derniers chamans s’étaient mis en quête de disciples. Pour contrer les puissances économiques et politiques, il fallait une armée.
Mon maître posa sa main sur mon épaule. C’était un adieu. Maintenant qu’il m’avait montré la direction à suivre, il n’avait plus qu’à aller chercher de nouveaux élus. Il pouvait compter sur moi. Dès que je serais prêt, j’irais à mon tour former des chamans pour soigner le monde.

Fin

le chaman 8

Classé dans : le chaman — 24 mars, 2016 @ 11:52

Si pressant était son appel, que je ne pus lui résister. Je me sentis aspiré, entraîné, loin des sphères dans lesquelles je gravitais quelques instants auparavant. C’était comme un torrent furieux dans les eaux duquel j’étais prisonnier. Puis le calme revint. Il faisait noir, j’étais allongé. Quelqu’un soutenait ma tête et me faisait boire. Que c’était amer ! Je recrachai la moitié du breuvage avant d’ouvrir les yeux.
Mon maître me dévisageait, grave, les traits tirés. Je lus le soulagement dans son regard.
-Te voilà enfin ! J’ai cru que je t’avais perdu !
Je m’assis, tentant de remettre de l’ordre dans mes idées. Qu’était-il advenu du bateau, des esclaves, de l’île ? Ils m’avaient paru si réels !
-Ton initiation a failli tourner à la catastrophe, dit mon maître. Je me demande si tu étais vraiment prêt à subir cette épreuve.
-Je suis revenu, répondis-je. C’est donc que je l’étais. Est-ce que je suis resté inconscient longtemps ?
-Trois jours pleins mon garçon ! J’ai craint pour ta vie. Reste assis ! Tu es encore trop faible pour te lever.
-J’ai réussi, n’est-ce pas ? Je suis un vrai chaman à présent !
Mon maître rit.
-Disons plutôt que tu es en passe de le devenir. Tu sais comment aller dans le monde des esprits. Tu as cette force en toi… cependant, seul, tu serais encore bloqué là-bas. Il va falloir travailler encore sur toi-même. Mais ce n’est pas si mal pour une première fois.

A suivre

Le chaman 7

Classé dans : le chaman — 23 mars, 2016 @ 11:54

-Tu m’as enfin trouvé ! dit joyeusement l’esprit. C’est une première étape de franchie ! Il ne te reste plus qu’à libérer totalement ton esprit… Ouvre-toi mon enfant ! Vois : il n’y a pas de barrières !
Il avait raison. Une joie immense s’empara de moi. Je faisais partie de ce tout, de cet univers. J’avais envie de me fondre en lui. C’était tout à fait possible. Il suffisait que je me laisse aller…
-Ne te laisse pas enivrer par la liberté ! Reviens !
Qui donc me parlait ? Cette intonation m’était familière… Revenir ? Mais revenir où ? Je n’avais aucune envie de quitter l’endroit où je me trouvais. J’étais bien ici : en sécurité, heureux, léger.
-Ne sois pas égoïste, lutte ! Un chaman met ses aptitudes au service des autres. C’est un messager. Tu dois revenir !
Un chaman ? Oui, autrefois, c’est ce que j’aspirais à devenir…. Je m’en souvins soudain. Brusquement, je me sentis moins libre. Des liens m’attachaient au monde d’où je venais. Je sus qui était celui qui m’appelait : mon maître, celui qui m’avait envoyé ici.

A suivre

le chaman 6

Classé dans : le chaman — 18 mars, 2016 @ 11:33

Les yeux de mon esprit…. Mon maître m’avait vaguement parlé de cette notion. Je n’avais pas vraiment compris alors, de quoi il s’agissait. La voix s’impatienta :
-Que fais-tu petit ? Pourquoi réfléchir autant pour accomplir une chose aussi naturelle ? Laisse-toi aller, détends-toi !
Facile à dire ! Trop de questions se bousculaient dans ma tête et puis… je ressentais un certain malaise. Comme si ce que j’étais en train de vivre n’était pas réel.
-Réel ? fit la voix, à croire que j’avais pensé tout haut. Qu’est-ce qui est réel ? Ne sais-tu pas que tout, dans la vie, n’est qu’illusion ? Le tangible, le concret, ce sont des concepts humains, comme le temps et l’espace. Tu es prisonnier de ces notions parce que tu ne les remets pas en question. Qu’importe le corps ? Un esprit est toujours libre, il suffit de le vouloir ! Libère-toi !
Et soudain, je le vis, ce grand esprit qui me parlait. Comme un océan de feu ou de lumière, dans lequel baignait tout ce qui m’entourait.
-Je suis la vie, dit-il. Je suis en toute chose et toute chose est en moi.

A suivre

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